Tout ce que fait le pouvoir de l'Univers se fait dans un cercle. Le ciel est rond et j'ai entendu dire que la terre est ronde comme une balle et que toutes les étoiles le sont aussi. Les oiseaux font leur nid en cercle parce qu'ils ont la même religion que nous. Le soleil s'élève et redescend dans un cercle, la lune fait de même, et tous deux sont rond. Hehaka Sapa

mercredi 4 avril 2018

Catalogne


Courte visite en Espagne Catalane.


Du carnaval en veux-tu, en voilà. Des spectacles, des tours de villes, du maquillage, des danses, de la musique et encore de la musique, des jeunes mariés qui sourient , du bruit dans une salle de restaurant pleine à craquer. Les serveurs ne savent pas où donner de l'assiette, mais tout se passe pour le mieux et petit à petit chacun se trouve envahi par l'abondance outrancière du prêt-à-manger Catalan : et de ceci, et de celà, et encore ceci, et du champagne et du vin et du café et du whisky et des desserts et de la glace et des cigares et encore des discours sans contenus, simples allusions catalanes à des faits catalans, et tout le monde rit, tout va bien, ils sont content, là, à trois cent dans leur restaurant de la montagne, avec effectivement des montagnes aux fenêtres, oui on les voit bien, mais on a pas le temps, il y a les enfants qui réclament, les vieux qui rient, les jeunes qui trinquent à la table d'en face, et qui fument et qui rient tout ça en catalan, c'est incroyable ce qu'un catalan peut faire de son catalan ...

Et puis en regardant bien, il y a les taiseux, ceux qui écoutent en catalan, qui comprennent que dans tout ce bruit c'est aussi l'âme d'un peuple qui s'exprime, une âme encore enfant, jeune et solide comme les murs qu'ils bâtissent, les murs en pierre catalane, avec les voûtes robustes, les arcs plein cintre en briques ou en pierres rayonnantes, si belles qu'on les croit poussées là, vestiges d'une époque où les pierres poussaient et fleurissaient en bouquet parfait, juste pour le besoin d'une porte silencieuse en mal d'aspirer des gens qui rentrent se mettre à l'abri du vent catalan de l'hiver et de les ranger au chaud d'une grande cheminée pleine d'histoires aux accents rocailleux fraîchement rentrés de la montagne, histoires de bergers, histoires d'aventures à la limite du réel, histoires toutes teintées du feu des braises qui les réchauffe, et celui qui raconte veut ses paroles mouvantes et belles, et qu'elles réchauffent les esprits qui les entendent, par le rire ou bien l'étonnement, et c'est pour cette raison qu'ils n'ont pas bâti leurs murs trop haut, les maçons catalans.

Car les histoires se perdent dans des plafonds trop élevés, et on ne sait plus ce qu'on doit retenir, ou bien croire. Non, eux ils ont tout à fait compris qu'une histoire digne de ce nom doit être entendue la tête légèrement penchée, les yeux prêts à vivre l'intensité de l'action au moindre changement de ton, la peur au ventre et la joie au coeur, et le plafond bas les aide à garder la tête juste à la bonne position, et les murs épais les aide à oublier le reste, tout ce qui n'appartient pas à l'histoire, parce que l'histoire fait déjà partie de leurs rêves, et qu'il y a le feu, et que le feu et le rêve aiment à se retrouver pour forger les âmes simples, celles qui se nourrissent d'histoires de la montagne.

Et celui qui raconte est encore là haut, et ses lèvres tremblent encore de dire tout ce qu'il a vu des arbres, du vent et de la nuit et des bêtes qui l'ont surpris lorsqu'il cherchait à s'endormir dans son coin de cabane. Alors il met un peu du bruit du vent, un peu du bruit des arbres, et de celui des bêtes, et sa frayeur est là, aussi, au milieu de ses mots et de ceux qui l'entendent, et même on y perçoit le bruit d'un ruisseau qui coule au milieu des rocailles, et qui couvre une partie de l'histoire, et peu à peu ceux qui écoutent perdent le fil des mots, car l'eau les attire et leurs yeux se mettent à cligner, et c'est le signal qu'attendait leurs rêves pour se faufiler et tisser la suite catalane de ce que le feu gardera au précieux de ses braises, de ce qu'au petit matin ils verront en retournant les cendres, en y retrouvant les petits bouts rougeoyants qui leurs serviront à ranimer la chaleur de la pièce avant de repartir dans le ciel du matin encore tout étoilé de la nuit qui se perd au fond d'une vallée encore endormie.


Dimanche 10 Février 2002





dimanche 25 mars 2018

Les cinq




le Tétraèdre : division  de la sphère en 4
L'hexaèdre, ou cube : division de la sphère en 6 parties égales

l'octaèdre : division de la sphère en 8 parties égales
division en 12 de la sphère
Dodécaèdre : division de la sphère en 12 parties égales
l'icosaèdre : division de la sphère en 20 parties égales

jeudi 13 juillet 2017

Jardin



Jardin


Donnez moi un jardin loin des bruits de la ville

Loin de l'indifférence


Donnez moi un jardin qui vibre sous mes pieds

Qui rythme doucement

La venue des amis, des jours et des saisons

De l'aube au crépuscule


Un jardin plein d'oiseaux où les fleurs m'instruiront

Sur la féminité



Il y aura de l'eau, du soleil et du vent

Et la terre dans mes mains

Livrera ses secrets sur la rondeur des fruits



Je m'y rendrai la nuit

Je deviendrai sorcier et mes yeux étonnés

S'ouvriront peu à peu

Comme germe le blé, sans un bruit, sans un mot,



Juste par amitié

dimanche 12 juin 2016

L'Autre Sommet Economique de Paris


  L'Autre Sommet Economique de Paris


Ce même été 1989 (voir la "déclaration des Responsabilités..." plus haut) 
avait lieu à Paris un sommet des chefs d'état des 7 pays les plus riches de la planète. Simultanément avait été organisé « l'Autre Sommet Economique », « The Other Economic Summit », TOES 89, regroupant les représentants de sept pays parmi les plus pauvres de la même planète..


Je retranscis ici cette lettre ouverte, que j'avais publié à l'époque, suivie de la déclaration finale rédigée le 15 Juillet 89

  
 (Trois mille personnes étaient présentes à la Mutualité et à Jussieu (Paris) pour participer à « l'Autre Sommet  89»)



Lettre ouverte aux chefs d'Etat du Sommet des Sept

Madame, Messieurs les chefs d'Etat et de Gouvernement,
Vous vous réunissez cette année à Paris pour votre sommet annuel à la date symbolique du 14 Juillet 1989. La Révolution français a montré aux peuples que les institutions n'étaient pas immuables, que l'avenir était ouvert et qu'il pouvait être façonné selon des idéaux de liberté, d'égalité et de fraternité. Nous pensons que la solennité du moment demande que votre rencontre aille au delà de la discussion des affaires courantes et traite des problèmes affligeant l'humanité dont la solution exige un consensus international.

Le plus grave de ces problèmes, c'est la survie de l'humanité et de votre planète. Aujourd'hui, l'holocauste nucléaire et des processus irréversibles de dégradation écologiques menacent l'avenir. Toute aussi urgente est la question sociale : dans le tiers monde, la misère, la faim et les épidémies frappent des centaines de millions d'hommes, de femmes et d'enfants. La répartition de la richesse est de plus en plus inégale et les phénomènes massifs d'exclusion sévissent dans des pays aussi riches que les vôtres.

L'élimination de ces menaces passe par l'instauration d'un système de sécurité aux volets multiples : sécurité écologique, alimentaire et sociale, détente internationale ; sans oublier la protection contre les risques majeurs d'accidents, qu'ils soient naturels ou provoqués par l 'activité humaine. Elle demande aussi la réforme des institutions de régulation de l'économùie internationale et la mise en place d'un dispositif de gestion de l'environnement global du vaisseau Terre, soumis au triple critère de prudence écologique, d'utilité sociale et d'efficacité économique.

Un changement complet s'impose donc dans les modes de développement et dans les rapports entre les pays riches et les pays du tiers monde.

Nous pensons que la solution à ces problèmes passe par l'examen approfondi des dix points suivants, explicités dans le mémorandum joint à cette lettre : la planète en danger ; l'économie d'endettement ; les règles du jeu du commerce international ; la situation faite aux femmes ; les populations marginalisées ; la coordination faceaux fléaux ; l'avenir de la vie, la révolution technologique ; les migrations de populations ; la paix et le désarmement.

Les questions que nous venons de soulever ne pourront pas être résolues du jour au lendemain. Nous n'attendons pas de vous des réponses immédiates. Par contre, nous pensons qu'il est impératif de définir un échéancier de négociations pour rechercher le consensus international nécessaire à un progrès décisif vers un monde moins menacé et moins déchiré par les inégalités.

Cependant, ces questions sont beaucoup trop sérieuses pour être traitées dans le secret des tractations diplomatiques. Dans sa charte, l'Organisation des Nations Unies se veut une organisation des peuples : dans les faits, elle fonctionne comme un organisme de gouvernements. C'est pourquoi nous affirmons qu'un large débat démocratique est indispensable : les représentants des sociétés civiles doivent y être impliqués à toutes les étapes, et les gouvernements doivent à tout moment rendre compte aux citoyens de leurs actes.

Nous attendons donc de votre sommet de Paris qu'il se conclue sur une double proposition : celle d'un échéancier de négociations sur les grands problèmes mondiaux évoqués, et celle d'une procédure de consultation démocratique des opinions publiques.

Dans cette prespective, nous saluons toutes les initiatives émanant des personnes et des groupes visant à résoudre collectivement ces grands problèmes. Nous saluons en particulier l'Autre Sommet Economique / The Other Economic Summit « TOES 89 », qui se tiendra à Paris à l'occasion de votre sommet officiel.




Déclaration Finale de L'Autre Sommet de Paris

« C’est à l’occasion du bicentenaire de la Révolution française que des témoins de sept pays parmi les plus appauvris du monde, tout comme les sept pays les plus riches, sont réunis à Paris. Les uns et les autres tirent leur légitimité de cet événement historique, mais ces légitimités sont opposées. Car si la Révolution française a élargi le champ du capitalisme moderne, elle a en même temps proclamé les principes de liberté et d’égalité comme fondement du droit des pauvres à lutter contre la misère et l’oppression.
Deux cents ans après la prise de la Bastille par les plus pauvres des parisiens, la contradiction entre les riches et les pauvres ; entre les puissants et les marginalisés, est devenue mondiale. Les inégalités de revenus s’aggravent, et donc les inégalités de revenus dans les capacités de développement. L’exercice de la démocratie n’est souvent que fictif, là où celle-ci est constitutionnellement reconnue, tandis que violence et répression prévalent dans la plus grande partie du monde.
Telle est la contradiction Nord-Sud, qui est potentiellement la plus dangereuse pour l’avenir. Le développement des sept grandes puissances modernes s’est surtout construit sur l’exploitation et la désagrégation d’une large partie du monde, à laquelle ces sept riches imposent leur technologie, leur type de civilisation, leur modèle de consommation.

C’est pourquoi, nous fondant sur la déclaration universelle des droits des peuples, proclamée le 4 juillet 1976 à Alger, nous déclarons solennellement que nous contestons aux « Grands » de la terre le droit de confisquer aujourd’hui le message de la Révolution française. En ce jour de fête de la liberté, nous considérons comme hypocrite et même suicidaire, de parler de justice et de bien être, alors même que le monde s’enfonce dans l’inégalité et que les peuples sont massivement marginalisés.
Nous, citoyens des sept peuples parmi les plus pauvres du monde, nous sommes pleinement conscients qu’une telle situation est une menace pour le destin de tous, riches et pauvres. Nous savons que les énergies et les ressources existent pour mettre fin à ce divorce tragique entre l’égalité et la liberté. Nous avons voulu être présents en ces journées de célébration du bicentenaire, en même temps que les sept plus riches. Nous refusons à ces sept le droit de parler seuls au nom du monde entier et de décider pour l’ensemble de l’humanité. Les sept riches discutent des problèmes du monde en fonction de leurs intérêts, mais leurs décisions ont un impact direct sur tous les autres peuples alors même que ceux-ci ont été exclus des processus de prise de décision bien qu’ils soient les premiers concernés.
On célèbre en ce jour le principe d’égalité, mais il est contredit de façon éclatante par le système international qui associe le droit de décision à la richesse. Nous refusons qu’on vienne nous prêcher la démocratie en feignant d’ignorer la façon dont est organisée la société internationale.
Ce problème de démocratie internationale est d’autant plus impérieux que les processus d’internationalisation technico-économique créent une situation d’interdépendance à laquelle aucun peuple, même le plus isolé, ne peut se soustraire. Les pays, même formellement souverains, perdent de plus en plus leur pouvoir de détermination autonome. Des choix faits à Tokyo ou à Londres, à New York ou à Francfort, comptent beaucoup plus que ceux qui sont faits dans leur propre capitale. Telle est l’ambiguïté de cette interdépendance aujourd’hui présentée comme positive. Aucun peuple ne peut ignorer le destin des autres et s’en abstraire, mais ce destin est déterminé par une petite poignée de riches et de puissants. Rappelons seulement que, dans la dernière décennie, les décisions relatives aux mécanismes monétaires mondiaux, à la gestion de la dette internationale, à la balance commerciale monétaire planétaire, aux normes de performance technologique, ont été prises dans le cadre des Sommets annuels des sept riches.


Nous dénonçons le monopole décisionnel des riches, par principe, en raison de son caractère anti-démocratique, mais tout autant du fait de ses conséquences concrètes. Les riches veulent que le système redémarre, que le profit soit restauré ; ils imposent aux pauvres de ne pas entraver cette « reprise » même si elle aggrave les inégalités ; ils affirment que les plus pauvres y trouveraient eux aussi leur avantage à terme, grâce au succès des plus forts. Il est vrai que le système a produit des richesses sans équivalent dans l’histoire. Mais il a aussi produit une pauvreté et des souffrances sans précédent Le décalage direct est déjà insupportable, puisque dans les pays pauvres, le revenu par tête est le centième de celui des pays riches, et que l’écart se creuse. « Il y a plus de gens souffrant aujourd’hui de la faim dans le monde que jamais auparavant dans l’histoire humaine, et leur nombre augmente » déclare ta Commission mondiale sur l’environnement et le développement, à travers le rapport Brundtland. Un rapport de la Banque mondiale estime de son côté que le nombre de gens vivant dans les taudis et les bidonvilles non seulement ne décroît pas, mais augmente.
La pauvreté du monde n’est donc pas une pauvreté résiduelle que la modernisation globale pourrait peu à peu réduire. C’est plutôt une pauvreté moderne issue de cette modernité sélective. « L’unification » du monde ne s’effectue pas par homogénéisation mais par exclusion, à l’échelle mondiale comme à l’intérieur même des sociétés riches.
Ce qu’on nous présente comme un processus lent mais graduel de progrès conduit en réa- lité à la possibilité très réelle d’une catastrophe. On ne peut pas rejeter dans la misère les deux-tiers de l’humanité sans s’attendre à des violences et à des bouleversements. La prétention du Fonds monétaire international à « ajuster » les sociétés les plus pauvres aux mécanismes de fer des plus riches, a déjà engendré les révoltes du pain, qui ravagent de grandes villes « modernes » comme Caracas, Santo Domingo, des masses urbaines déséquilibrées par la modernité comme Alger ou Le Caire.
La nouvelle pauvreté de masse ne peut que mener vers des phénomènes de régression et de dégénérescence qui, non seulement dans le tiers monde mais au Nord, ouvrent la voie à une spirale de répression et de guerre.
Espérer « traiter » tous ces problèmes par les outils traditionnels de l’aide et de l’assistance comme le fait le groupe des sept riches, donc refuser de remettre en cause au Nord le principe même du modèle de développe- ment et des façons de vivre, de produire, de consommer et de penser, est non seulement cynique mais aveugle et insensé.
La réalité impose aux riches comme aux pauvres de reconsidérer le rapport linéaire entre bien-être et développement. C’est d’autant plus évident que la détérioration de l’environnement souligne l’impossibilité d’étendre à l’ensemble de la terre le modèle dominant Un darwinisme féroce, dans le Nord comme dans le Sud, tente de repousser la plus grande partie de l’humanité en dessous du seuil de la survie, de la priver même de biens jusqu’ici considérés comme le patrimoine inaliénable de tous les êtres vivants, tels l’air et l’eau, tandis que les privilégiés se contraindraient à s’enfermer dans des enclaves fortifiées issues de leur propre système.
Si nous mettons en cause la stratégie des riches, ce n’est pas seulement au nom des pauvres de la terre, mais de l ’humanité tout entière. Au titre de l’article 15 de la Déclaration des droits de l ’homme de 1789, qui pose le droit des citoyens à demander à tout administrateur public des comptes sur sa gestion, nous mettons en cause la prétention de ceux qui gèrent le monde à continuer à dicter leur loi.
Nous proposons que dans l’avenir, chaque Sommet annuel des sept pays riches soit l’occasion pour des pays parmi les plus pauvres de faire entendre leur voix.
Nous exigeons en tout premier lieu la remise de la dette des pays du tiers monde. Nous voulons que soit posée la question de la légitimité de la dette. Cette dette exprime l’intégration forcée au système économique et financier mondial. La crise de la dette est la conséquence d’une stratégie dont nous n’avons pas fait le choix.
Appuyant le jugement du Tribunal des Peuples qui s’est tenu à Berlin en 1988 sur la dette internationale, nous demandons au Secrétaire général des Nations-Unies :
  • De réunir d’urgence une conférence extraordinaire de tous les pays créanciers et de tous les pays débiteurs, pour trouver une solution politique et non plus seulement comptable, et définir les conditions d’application de la remise de la dette.
  • Au-delà de ces mesures, de considérer comme urgente la réunion sous les auspices des Nations-Unies d’une conférence internationale capable de réviser radicalement les règles régissant les institutions financières et économiques internationales, règles établies il y a plus d’un demi-siècle, et qui ignorent la réalité propre du tiers monde.
  • D’interdire l’usage des prêts internationaux pour les achats d’armes ; de saisir l’occasion offerte par les négociations sur le désarme- ment pour que les économies réalisées soient affectées à des transferts en faveur du développement des peuples.
  • Que soit étudiée la mise en place d’un système de contrôle de la consommation d’énergie, capable de décourager le développement des modes de production et de consommation qui se sont révélés destructeurs de la nature et des sociétés.
  • Nous nous proposons de mettre en place un groupe d’évaluation indépendant qui étudierait systématiquement les décisions prises par les 7 riches et les politiques qu’ils mettent en oeuvre. Ce travail évaluerait les conséquences de ces décisions sur les conditions de vie des peuples et plus particulièrement des plus pauvres.
  • Nous sommes convaincus qu’une révision radicale du modèle de développement que le Nord impose au Sud est indispensable, et cela dans l’intérêt du Nord et pas seulement du Sud. Tout modèle de développement doit : être respectueux de la dignité humaine, des libertés politiques, de l’environnement, de l’identité, des valeurs et des besoins fondamentaux des différents peuples ; garantir aux femmes les mêmes opportunités économiques et sociales qu’aux hommes ; conduire à une répartition équitable des ressources et des pouvoirs de décision dans tous les domaines.
  • Nous refusons la charité pour des millions d’êtres humains qui luttent pour leur dignité. Notre légitimité se trouve dans cette lutte. Elle est de même nature que celle qui a conduit de la prise de la Bastille à la Déclaration des Droits de l ’Homme. Nous voulons une démocratisation des instances de pouvoir.
L’irruption des pauvres sur la place de la Bastille il y a deux cents ans affirmait l’impérieuse nécessité de transformer radicalement le système politique français. L’irruption des pays et peuples les plus pauvres sur la scène mondiale affirme aujourd’hui l’impérieuse nécessité de transformer radicalement le système économique et politique international, de façon que les décisions engageant l’humanité entière soient effectivement prises, non plus par une petite minorité de pays riches, mais de concert avec l’ensemble des peuples du monde. »



jeudi 19 mai 2016

La déclaration des Responsabilités de l'Homme Pour la Paix et le Développement Supportable

En 1989, j'ai été invité à participer à une rencontre internationale à l'Université de la Paix au Costa-Rica. L'objectif de cette rencontre : rédiger une Déclaration des Responsabilités de L'être humain, qui soit le pendant de celle des Droits de l'Homme.

Cette déclaration a été rédigée, comme prévu, et la porte parole du Costa-Rica à l'ONU  l'a proposée lors d'une assemblée générale en vue de son adoption par la collectivité internationale. La Chine a opposé son droit de Véto, pour la simple raison que le Costa Rica, lors de cette rencontre, avait accueilli un homme dangereux pour l'intégrité du territoire chinois : le Dalaï Lama !

N'ayant pas eu le billet d'avion avec l'invitation, ce texte m'a été transmis par l'organisateur, Abelardo Brenes, en Espagnol et en Anglais.
Je l'ai traduit en Français et diffusé  autour de moi, voici 26 ans, et je le publie ici pour qu'il serve de base à une réflexion commune pour la mise en place d'une constitution digne de ce nom.

DÉCLARATION DES RESPONSABILITÉS DE L'HOMME POUR LA PAIX ET LE DÉVELOPPEMENT SUPPORTABLE

Chapitre 1
L'Unité du Monde

Article 1 : Tout ce qui existe est une partie d'un univers indépendant. Tous les êtres vivants dépendent les uns des autres pour leur existence, leur bien-être et leur développement.

Article 2 : Tous les êtres humains appartiennent de façon inséparable à la nature, sur laquelle la culture et la civilisation humaine ont été construites.

Article 3 : La vie sur terre est abondante et diverse. Elle est soutenue par le fonctionnement ininterrompu de systèmes naturels qui assurent l'approvisionnement en énergie, en air, en eau, et en nourriture pour tous les êtres vivants. Chaque manifestation de vie sur terre est unique et nécessaire, le respect et l'attention lui sont donc dus quelque soit son apparente valeur auprès des êtres humains.

Chapitre II
L'Unité de la Famille Humaine

Article 4 : Tout être humain appartient de façon inséparable à la famille humaine et dépend d'un autre pour son existence, son bien être et son développement. Chaque être humain est une manifestation et une expression unique de vie et a sa propre contribution à amener au développement de la vie sur terre, indépendamment des différences de race, de couleur, de sexe, de language, de religion, de politique ou d'autre opinion d'origine sociale ou nationale, économique ou autre statut. De plus, chacun est le bénéficiaire des droits et libertés fondamentaux et inaliénables.

Article 5: Tous les êtres humains ont les mêmes besoins de base et les mêmes aspirations fondamentales pour leur accomplissement. Tous les individus sont les bénéficiaires du droit au développement, qui cherche à promouvoir la réalisation du plein potentiel de chaque personne.

Chapitre III
Choix et Responsabilités des Êtres Humains

Article 6 : La responsabilité est un aspect inhérent à toute relation dans laquelle les humains sont impliqués. Cette capacité à agir de façon responsable, consciente, indépendante, unique et personnelle est une qualité créatrice, inaliénable de chaque être humain. Il n'y a aucune limite à son étendue ou profondeur, autre que celle que chaque personne établit pour elle-même. Plus elle est acceptée et exercée et plus elle croîtra et se renforcera.

Article 7 : De tous les êtres, les humains ont l'unique capacité de décider consciemment s'ils protègent ou endommagent la qualité et les conditions de la vie sur la terre. Par la réflexion à leur appartenance au monde naturel et à leur position spéciale de participants dans le déroulement des processus naturels, les individus peuvent développer un sens de responsabilité universelle envers le monde comme un tout, basé sur l'altruisme, la compassion et l'amour, pour la protection de la nature, la promotion des plus hauts potentiels d'évolution possibles, et pour la création de ces conditions qui permettent l'aboutissement du plus haut niveau de bien-être spirituel et matériel.

Article 8 : A ce point critique de l'histoire, les choix humains sont décisifs. En dirigeant leurs actions vers des progrès de société, les êtres humains ont souvent perdu de vue leur appartenance à la communauté naturelle et à l'indivisible famille huamine, ainsi qu'à leurs besoins de base pour une vie saine. La consommation excessive, l'abus de l'environnement et les agressions des gens ont transformé le processus naturel en une situation cruciale qui menace la survie de la terre. Réfléchissant à cela, les individus seront capables de discerner leur responsabilité et, sur cette base, de réorienter leur conduite envers la paix et le développement supportable.

Chapitre IV

Réorientation vers la Paix et le Développement Supportable


Article 9 : C 'est en reconnaissant que chaque forme de vie est unique et nécessaire que chaque personne est bénéficiaire du Droit au Développement, en reconnaissant que la Paix et la violence ont leur origine dans la conscience des êtres humains qu'un sens conscient de responsabilité à agir et à penser d'une manière pacifique sera développée. Par cette conscience pacifique, les individus comprendont la nature des conditions nécessaires pour leur bien-être et leur développement.

Article 10 : Conscients de leur sens des responsabilités envers la famille humaine, l'environnement qu 'ils occupent, et la nécessité de penser et d'agir pacifiquement, les êtres humains seront obligés d'agir d'une manière qui soit conséquente à la fois avec l'observance et le respect des droits inhérents aux individus et avec la consommation des ressources qui est liée à la satisfaction des besoins de base de tous.

Article 11 : En reconnaissant que les membres de la famille humaine sont responsable d'eux-mêmes et de la conservation de la terre pour les générations présentes et à venir, comme protecteurs de la communauté naturelle et promoteurs d'un développement continu, toute personne s'engagera elle-même à agir de manière rationelle de façon à obtenir une vie supportable.

Article 12 : La responsabilité des êtres humains a toujours cours, soit qu'ils fassent partie ou représentent des groupes sociaux, des corporations ou des institutions privées ou publiques. De plus, toutes ces collectivités ont leur responsabilité dans la promotion de la paix et du développement supportable, aussi bien que dans la mise en pratique des objectifs d'éducation qui les concernent. Ces objectifs comportent l'éveil de la conscience à l'interdépendance parmi les êtres humains et entre les êtres humains et la nature, et la responsabilité universelle des individus à résoudre les problèmes actuels par des attitudes et des actions, d'une manière qui soit conforme à la protection des droits de l'homme et des libertés fondamentales.


Puissions nous vivre le privilège de nos Responsabilités !

Pour plus d'informations, écrivez à Abelardo Brenes,
Université de la Paix
P.O ; Box 199-1250, Escazu, Costa-Rica



Note post traduction : La notion de Développement Supportable (sustainable development) a été traduite ailleurs de façon assez tendancieuse par «développement durable », ce qui n'est absolument pas le sens premier. Une chose peut être durable mais insupportable.
Uns chose supportable ne l'est que pour un temps donné, et doit faire l'objet de constants réaménagements dans lesquels la conscience agit.
La chose durable ne contient rien de tel. Une nuisance durable est inacceptable !

dimanche 24 janvier 2016

La Nuit


Depuis que notre petite planète bleue court autour de son étoile favorite avec ardeur et précision, un cône d'ombre la suit, perpétuel repère de stabilité.

La nuit est unique, autant que la terre est unique. 


Mais la terre dans sa danse entraîne les vivants à parcourir l'espace. Elle leur fait voir le jour, elle leur fait voir la nuit.


Les humains sont les seuls vivants qui ne se contentent pas de se laisser ainsi bercer. 


Ils ont décidé de compter, histoire de vérifier si la terre était fiable. 


On ne sait jamais.


Ils ont compté des jours, ils ont compté des nuits,
ignorant qu'une seule lumière inonde l'espace,
ignorant que la nuit est là juste pour les faire sombrer dans le sommeil.


Une ombre ne se nombre pas. 


C'est pourtant ce qu'ils ont fait durant des siècles. 
Et la nuit, bienveillante, a toujours pris soin d'eux.


L'ombre de la terre a toujours su ramener chaque être à sa nature profonde. 


A chaque tour du globe le fier humain se couche, s'abandonne à la nuit, 
oubliant même le pourquoi de sa stature verticale. 


Et le voilà revenu au stade primitif de la conscience. 


L'humain qui dort se laisse imprégner par les mystères  les plus profonds. 


Il laisse s'opérer en lui les changements nécessaires pour ré-affronter la lumière à son prochain passage.

La naïveté de l'humain est un phénomène rassurant.

Autant le jour il peut se croire fort, utile et puissant, autant la nuit, dans son sommeil il laisse toutes ses croyances pour se vouer à la seule nature qui le compose. 


Et c'est cette nature qui alors reprend le contrôle de l'individu, procède à la remise en état de ce qui a été provisoirement déconnecté du tout pendant le jour.

Laisse-toi faire, homme naïf, par la nuit, la seule nuit qui n'a jamais fait autre chose que de révéler ce 'pourquoi' dont elle est faite.


 Mais l'homme s'en fiche, il ne veut pas se laisser faire. 


Il veut connaître la nuit comme il croit connaître le jour. 


Il décide, il observe, il cherche à comprendre, il décide encore...

Il met ainsi en place un tel système de décryptage de la nuit que même les heures de jour ne suffisent plus à réunir ce qu'il croit avoir compris. 


Et il en est fier. 


Son système de croyances est devenu un monstre qui ne laisse plus la place à la nuit. 
Il se croit maître du temps. 
Il n'a pas encore compris que le temps n'existe que dans sa propre tête.


La nuit n'a pas de temps, elle est ombre qui protège les vivants.


Elle règne dans l'espace...

Car la planète la prive de cette lumière qui inonde tout ce qui existe...
Depuis la nuit des temps...

lundi 14 juillet 2014

L'Envol


L'Envol

1984 …
C'est la foire des potiers à Lagrasse, je suis venu avec Priscille pour jouer et faire la fête. Il y a là une foule de gens, beaucoup d'amis, et le soir Bratch en concert.
Nous croisons un autre duo violon/guitare : John et Pete. Des amis. Nous jouons ensemble.
John me montre ensuite quelques objets qu'il expose sur le stand de Philippe Isaac.
C'est du bronze.

Un peu étonné, je lui demande ce qui lui arrive, je connais John comme musicien, je connais aussi son engouement pour le métal. Un récupérateur qui imagine plein de choses, mais qui surtout entasse. Je préfère sa musique.
Mais il me parle de sa nouvelle passion avec une telle conviction...
Il n'a aucun équipement, peut-être un four à émaux et la bienveillance de Philippe et de son four de potier...
La fête une fois finie, je reprends mes chantiers et, dans les jours qui suivent, je fais du plâtre chez Bubuk, un ami breton installé depuis quelques années dans la région. Avec son frère André, ils étaient venus avec un projet de fabriquer des perçeuses à béton d'un genre totalement nouveau qui allait révolutionner le monde du bâtiment.
Nous nous étions connus à l'occasion du chantier de leurs deux maisons, et puis le projet ayant été ajourné, André était remonté sur Paris avec sa famille et Bubuk était resté avec la sienne.
Le métier qu'il faisait lui laissait cette liberté d'habiter un hameau perdu dans les corbières. Fondeur de formation, avec la spécialité fondeur de cloche, il était représentant en produits de fonderie pour le sud de la France et l'Afrique du nord.
« Sud de la France » voulait dire la moitié sud.
Et « Afrique du nord » pouvait aller loin dans le sahara...
Il me racontait ses tournées.
Comment au fin fond des Vosges il avait trouvé une petite fonderie artisanale perchée en haut d'une colline en voyant la fumée depuis la vallée. Il connaissait tout ce qui se fondait depuis la Loire jusqu'au Sahara.
Et il y participait avec entrain.
Passant quelques fois des nuits blanches dans le sud de l'Algérie pour aider à la mise en œuvre de blocs-moteurs en aluminium...
Il ne quittait pas un client sans avoir la certitude que tout allait bien fonctionner.

Un beau jour où nous mangions ensemble entre deux gâchées de plâtre, je lui parle de John et de son projet.
John vivait à l'époque dans une communauté assez marginale composée d'artistes, musiciens pour la plupart et Bubuk réagit instantanément en m'interdisant formellement d'amener chez lui qui que ce soit de ce style ( pas de hippies chez moi!).

Je lui fais alors remarquer qu'il m'accueille volontierset que je n'ai pas encoremis sa maison à sac !
Il rigole, mais reste ferme, comme un gos têtu de breton !

Et le temps passe...

Le temps qui œuvre lentement et décante subtilement les esprits par le rêve, pas celui des calendriers, non !
Et Oh, bien sûr, je pourrais calculer en demandant à Bénédicte à quelle époque elle a habité dans le gîte d'Anne et Étienne, mais ça ne changerait rien à l'histoire1.

Dans cet intervalle, je laisse à John le numéro de Bubuk, et réciproquement celui de John à Bubuk.

Un beau matin, donc, je suis monté voir ma sœur Bénédicte et j'aperçois John qui passe devant la maison. Je sors le saluer et lui demande s'ils ont réussi à s'appeler.
Il me dit non.
Je lui propose alors de le faire depuis le téléphone de Bénédicte et il est d'accord.
Bubuk répond aussitôt et je les laisse parler.
Ils prennent rendez-vous et c'est là que l'histoire commence !

Quand je revois Bubuk, il n'est plus questions de Hippies et de cambriolage. Il est enchanté. Il a trouvé un fondeur à moins de dix kilomètres de chez lui. Il a modifié son agenda pour être présent à chaque coulée de John.

John progresse à pas de géant. Le petit garage où il exerce son art devient trop étroit. Les commandes arrivent. Il s'installe alors dans une ancienne bergerie qu'il transforme en atelier. Il amène une roulotte qui lui sert de logement. Je lui rend visite à l'occasion, car
je n'habite plus la région. Je vois en cours d'élaboration une vierge commandée par la ville du Puy, en Auvergne. Elle sera scellée au sommet d'un pic en remplacement d'une trop vieille statue.

Le rond point d'entrée de Limoux se voit doté d'un somptueux masque de carnaval, une sculpture de Philippe Isaac, réalisée par John.
Un autre rond point accueille une grappe de raisin.


Un jour où nous nous trouvons au bar du marché d'Espéraza, John me montre la photo d'une maquette d'ours. C'est une commande du conseil général pour le rond point d'Axat, l'entrée dans la vallée des Ours.
Mais il hésite. Il ne gagnera rien, ou presque.
Je lui conseille de demander un « droit à l'image » sur les cartes postales qui risquent bien de se vendre aux touristes une fois son œuvre en place.
Il trouve que c'est une bonne idée, mais je ne saurais jamais si il l'a effectivement appliquée. Toujours est-il que le rond point en question est orné depuis bien longtemps maintenant, de trois ours magnifiques.

Encore une fois le temps passe et tout se transforme.

L'atelier et ancienne bergerie est vendu à Christian, un viticulteur. Celui-ci rencontre Bénédicte et ils transforment l'espace en maison. Magnifique maison face aux pyrénées dont ils honorent la vue en faisant vitrer l'intégralité de la façade sud. Christian connait bien John, et c'est dans son garage que John a commencé à fondre.

John a rencontré Louise et ils se lancent dans un projet plus vaste.

Sur les flancs de la Montagne Noire, le village de Montolieu a vécu ces années là une transformation d'envergure. L'idée est venue de Michel, un relieur carcassonnais. Vivant à Saissac, il traverse Montolieu quotidiennement et pense à un village de libraires. Il rassemble des gens autour de ce projet et invite un beau jour de 1989 le conseil municipal de Montolieu et une foule d'amis liés de près ou de loin au livre à une réunion dans la salle de cinéma du village. Il y a même deux représentants des deux villages du livre existant alors : Hay-on-Wye en Angleterre et Redu en Belgique, et puis des éditeurs, des libraires. 2

Michel regrettera l'absence totale de gens du Conseil Municipal, mais les libraires s'installent et petit à petit Montolieu devient Village du Livre.

Et c'est dans ce village, un peu à l'écart, que John et Louise achètent une ancienne tannerie pour y créer … un centre international de fonderie.

Ni plus ni moins.

Je suis ravi, Montolieu est à une vingtaine de minutes de chez moi et mon dernier fils devient ami avec un des fils de Louise. Pourtant nous nous voyons peu, mais les occasions sont toujours intenses. Je me rappelle une série de coulages, je vois des pièces aussi différentes qu'une simple rose, une statue de François Mitterand, une maquette de squelette humain de dix mètres de haut...
J'essaye de prendre des cours de violon avec John. Il n'a jamais le temps. Je suis débutant, il a trop de choses à faire, il joue encore avec Pete. Pete me dit qu'il a de moins en moins de temps pour la musique, qu'il s'inquiète.

Et le temps passe encore... Je change encore de lieu, je vais vivre dans l'Hérault. Des années plus tard, nous sommes en 2005, je rencontre Françoise. Puis Bénédite se marie avec Christian et ils font une grande fête dans leur belle maison. Le lendemain, j'amène Françoise visiter le pays audois et nous passons à Montolieu.

Sur la place où je gare la voiture : John !
Il me dit qu'il arrête la fonderie, qu'il veut se consacrer à la musique. Il nous invite à venir voir sa dernière œuvre : un arbre. .

Nous descendons à son atelier, et là, devant la porte de cet énorme bâtiment trône un arbre, en tout cas une souche sur laquelle doivent être fixés des livres, puis des feuilles. Il reste encore à faire. C'est une commande pour Montolieu. Il n'a plus l'entrain d'avant.

Nous parlons du passé, de Bubuk qui l'a toujours soutenu, qui est toujours venu le voir. Mais Bubuk est mort, je crois me souvenir que c'est au moment où nous nous retrouvons que John m'apprend cela.

Et nous nous quittons pour la dernière fois.

L'année suivante, de passage chez un ami commun, j'apprend la mort de John, par hydrocution en nageant.

Un jour je regarde sur internet ce qu'est devenu cet arbre. Je trouve des titres de presse et des articles disant que l'arbre ne sera jamais planté. Il y a une discorde au village de Montolieu et ça n'est pas nouveau. Depuis la fameuse réunion qui fonda le concept, le village du livre a été porté par une association autour de Michel Braibant3. Puis le conseil municipal se rend compte de l'intérêt de la chose et crée une seconde association, concurrente...
Les articles que je lis en 2011 semblent encore imprégnés de cette discorde.

Et je reste un peu amer de constater qu' un symbole aussi fort restera dans un hangar à jamais...

Mais le temps, ce fameux temps qui passe même en notre absence, repasse encore une fois et la semaine dernière c'est à mon tour de passer du côté de Montolieu, jeudi matin. J'ai dormi au lac de Laprade espérant voir le lever de soleil et je n'ai vu que du brouillard et de la pluie alors je me laisse descendre cette montagne noire, de village en village pour me garer sur la placette entre le cinéma où avait eu lieu la fameuse réunion et la maison Courrière (Antoine Courrière fut longtemps président du Conseil Général et Maire de Cuxac, et sa femme maire de Montolieu).

Il est à peine sept heures et tout est fermé ou presque. Après un bref tour de village, je réalise que je me suis garé à quelques mètres de « l'Arbre ».

Je prends deux photos : une en mémoire de John, une en mémoire de Bubuk !


En rentrant chez moi ce matin, je cherche encore sur le net et je trouve, enfin, l'explication.
L'auteur de l'Arbre, mort également, avait deux fils, et c'est à eux qu'on doit cet accomplissement.

Ma prochaine mission : les rencontrer !

Depuis samedi 15 février 2014, L'Envol est désormais scellé au cœur de Montolieu, à son patrimoine historique. Cette œuvre monumentale de Yonel Lebovici pensée en hommage à Michel Braibant, fondateur du «village du livre » est une sculpture en bronze de 4, 5 mètres de hauteur, c’est un arbre dont le tronc se transforme en empilement de livres.


 Le livre le plus haut est ouvert, ses pages se détachent, puis s’envolent telles des oiseaux quittant leur nid.
On peut lire le texte «Oiseaux»4, de Saint-John Perse. La sculpture commencée en 1994, est restée inachevée au moment du décès de Yonel Lebovici.









L’Envol a été continué, en deux étapes : la première, pour le tronc et les livres, grâce à l’énergie du fondeur John Cockin, ainsi qu’aux étudiants de sculpture de l’Ecole Boulle et leur professeur Yorane Lebovici, fils de Yonel, qui ont aidé John dans des grandes étapes du projet. Ceci avec le soutien financier d'Yvon Poullain, ami et mécène de Y. Lebovici, d’une participation de la Mairie et de subventions récupérées par Louise Romain. C’est dans cette période d’essais et de doute qu’est arrivé le décès de John Cokin. Cette disparition stoppe à nouveau l'aventure.

Une deuxième étape a pu voir le jour grâce au travail et soutien constant de Marc Chambaud, de toute l'équipe municipale animée par son 1er adjoint Francis Diaz, d’une importante participation de Carcassonne Agglo et du soutien de l’association Montolieu Village du Livre & des Arts graphiques, qui a lancé une souscription montolivaine.

La famille Lebovici a été sollicitée en septembre 2013, pour terminer l'œuvre. Les deux fils Lebovici ont repris les études du projet et ont travaillé bénévolement durant plus de quatre mois sur la sculpture qu’ils sont fiers d’avoir abouti, en hommage à leur père, aux Montolivains et à tous ceux qui ont contribué à cette grande aventure.
 DSC_0651.JPG
La famille Lebovici et Cockin, leurs proches, les élus, enfants et villageois ; tous étaient réunis pour célébrer dans une très vive émotion l’œuvre de ce grand homme qu'était Yonel Lebovici.
Citons Micky Lebovici, épouse du très regretté Yonel Lebovici, prononçant très émue ces mots à destination de toute l'assistance et définissant ainsi l’œuvre de Yonel : "Aimer les mêmes lectures, n'est-ce pas tourner les pages ensemble ?"
Prenant racine avec maturité L’Envol  s’élève désormais en forme de souhaits pour l’avenir au cœur du village du livre, comme l’auraient souhaité, Yonel Lebovici et Michel Braibant, pour fédérer toutes les synergies montolivaines.
expo de l'envol.JPG 

   Une belle expo très remarquée de photos de la maquette de L'Envol du photographe Bertrand Taoussi au Foyer Jean Guéhenno a rencontré un franc succès et clôturait cette cérémonie inaugurale autour d'un apéritif chaleureux offert par la Mairie en finissant de graver dans les mémoires ces grands moments d'histoire intense qui font d'un village, sa grandeur.





Voilà. L'Envol est bel et bien accompli.
Merci Bubuk ! Merci Yonel ! Merci John ! Merci Michel !
Et bon voyage ….....!


1Après réflexion, j'ai fini par le faire. La durée a son importance, c'est une histoire sur presque trente années. Elle a habité là entre 1985 et 1987..
2 Je suis moi même présent et assez étonné, je dois avouer, de constater que Hay-on-Wye est le seul village anglais que je connaisse pour y avoir séjourné deux belles semaines dans ma jeunesse. Je discute à la pause avec l'anglais qui y vit et qui connait bien la famille chez qui j'étais.
Je parle ensuite avec un ami éditeur et nous interpellons le représentant du village belge qui passe devant nous. Au bout de deux minutes de discussion, ils se rendent compte qu'ils sont tous deux voisins, étant propriétaires en dordogne d'un terrain (l'éditeur) et d'un moulin( le belge) limitrophes dans le même village. Et moi je connais bien ce village pour y avoir vécu mon seul accident de la route, la veille de la naissance de ma fille Aurore !



3Lorsque je m'installe dans le secteur, Michel est mort depuis quelques temps, et c'est sa femme Jacqueline qui me raconte comment il a lutté deux années durant pour concilier les gens, mais sans succès. Elle dit même que le cancer qui l'a emporté était lié à sa déception.
4 Le contexte de « Oiseaux » est déjà une histoire de commande et de collaboration artistique http://www.sjperse.org/oiseaux.html