Tout ce que fait le pouvoir de l'Univers se fait dans un cercle. Le ciel est rond et j'ai entendu dire que la terre est ronde comme une balle et que toutes les étoiles le sont aussi. Les oiseaux font leur nid en cercle parce qu'ils ont la même religion que nous. Le soleil s'élève et redescend dans un cercle, la lune fait de même, et tous deux sont rond. Hehaka Sapa

lundi 14 juillet 2014

L'Envol


L'Envol

1984 …
C'est la foire des potiers à Lagrasse, je suis venu avec Priscille pour jouer et faire la fête. Il y a là une foule de gens, beaucoup d'amis, et le soir Bratch en concert.
Nous croisons un autre duo violon/guitare : John et Pete. Des amis. Nous jouons ensemble.
John me montre ensuite quelques objets qu'il expose sur le stand de Philippe Isaac.
C'est du bronze.

Un peu étonné, je lui demande ce qui lui arrive, je connais John comme musicien, je connais aussi son engouement pour le métal. Un récupérateur qui imagine plein de choses, mais qui surtout entasse. Je préfère sa musique.
Mais il me parle de sa nouvelle passion avec une telle conviction...
Il n'a aucun équipement, peut-être un four à émaux et la bienveillance de Philippe et de son four de potier...
La fête une fois finie, je reprends mes chantiers et, dans les jours qui suivent, je fais du plâtre chez Bubuk, un ami breton installé depuis quelques années dans la région. Avec son frère André, ils étaient venus avec un projet de fabriquer des perçeuses à béton d'un genre totalement nouveau qui allait révolutionner le monde du bâtiment.
Nous nous étions connus à l'occasion du chantier de leurs deux maisons, et puis le projet ayant été ajourné, André était remonté sur Paris avec sa famille et Bubuk était resté avec la sienne.
Le métier qu'il faisait lui laissait cette liberté d'habiter un hameau perdu dans les corbières. Fondeur de formation, avec la spécialité fondeur de cloche, il était représentant en produits de fonderie pour le sud de la France et l'Afrique du nord.
« Sud de la France » voulait dire la moitié sud.
Et « Afrique du nord » pouvait aller loin dans le sahara...
Il me racontait ses tournées.
Comment au fin fond des Vosges il avait trouvé une petite fonderie artisanale perchée en haut d'une colline en voyant la fumée depuis la vallée. Il connaissait tout ce qui se fondait depuis la Loire jusqu'au Sahara.
Et il y participait avec entrain.
Passant quelques fois des nuits blanches dans le sud de l'Algérie pour aider à la mise en œuvre de blocs-moteurs en aluminium...
Il ne quittait pas un client sans avoir la certitude que tout allait bien fonctionner.

Un beau jour où nous mangions ensemble entre deux gâchées de plâtre, je lui parle de John et de son projet.
John vivait à l'époque dans une communauté assez marginale composée d'artistes, musiciens pour la plupart et Bubuk réagit instantanément en m'interdisant formellement d'amener chez lui qui que ce soit de ce style ( pas de hippies chez moi!).

Je lui fais alors remarquer qu'il m'accueille volontierset que je n'ai pas encoremis sa maison à sac !
Il rigole, mais reste ferme, comme un gos têtu de breton !

Et le temps passe...

Le temps qui œuvre lentement et décante subtilement les esprits par le rêve, pas celui des calendriers, non !
Et Oh, bien sûr, je pourrais calculer en demandant à Bénédicte à quelle époque elle a habité dans le gîte d'Anne et Étienne, mais ça ne changerait rien à l'histoire1.

Dans cet intervalle, je laisse à John le numéro de Bubuk, et réciproquement celui de John à Bubuk.

Un beau matin, donc, je suis monté voir ma sœur Bénédicte et j'aperçois John qui passe devant la maison. Je sors le saluer et lui demande s'ils ont réussi à s'appeler.
Il me dit non.
Je lui propose alors de le faire depuis le téléphone de Bénédicte et il est d'accord.
Bubuk répond aussitôt et je les laisse parler.
Ils prennent rendez-vous et c'est là que l'histoire commence !

Quand je revois Bubuk, il n'est plus questions de Hippies et de cambriolage. Il est enchanté. Il a trouvé un fondeur à moins de dix kilomètres de chez lui. Il a modifié son agenda pour être présent à chaque coulée de John.

John progresse à pas de géant. Le petit garage où il exerce son art devient trop étroit. Les commandes arrivent. Il s'installe alors dans une ancienne bergerie qu'il transforme en atelier. Il amène une roulotte qui lui sert de logement. Je lui rend visite à l'occasion, car
je n'habite plus la région. Je vois en cours d'élaboration une vierge commandée par la ville du Puy, en Auvergne. Elle sera scellée au sommet d'un pic en remplacement d'une trop vieille statue.

Le rond point d'entrée de Limoux se voit doté d'un somptueux masque de carnaval, une sculpture de Philippe Isaac, réalisée par John.
Un autre rond point accueille une grappe de raisin.


Un jour où nous nous trouvons au bar du marché d'Espéraza, John me montre la photo d'une maquette d'ours. C'est une commande du conseil général pour le rond point d'Axat, l'entrée dans la vallée des Ours.
Mais il hésite. Il ne gagnera rien, ou presque.
Je lui conseille de demander un « droit à l'image » sur les cartes postales qui risquent bien de se vendre aux touristes une fois son œuvre en place.
Il trouve que c'est une bonne idée, mais je ne saurais jamais si il l'a effectivement appliquée. Toujours est-il que le rond point en question est orné depuis bien longtemps maintenant, de trois ours magnifiques.

Encore une fois le temps passe et tout se transforme.

L'atelier et ancienne bergerie est vendu à Christian, un viticulteur. Celui-ci rencontre Bénédicte et ils transforment l'espace en maison. Magnifique maison face aux pyrénées dont ils honorent la vue en faisant vitrer l'intégralité de la façade sud. Christian connait bien John, et c'est dans son garage que John a commencé à fondre.

John a rencontré Louise et ils se lancent dans un projet plus vaste.

Sur les flancs de la Montagne Noire, le village de Montolieu a vécu ces années là une transformation d'envergure. L'idée est venue de Michel, un relieur carcassonnais. Vivant à Saissac, il traverse Montolieu quotidiennement et pense à un village de libraires. Il rassemble des gens autour de ce projet et invite un beau jour de 1989 le conseil municipal de Montolieu et une foule d'amis liés de près ou de loin au livre à une réunion dans la salle de cinéma du village. Il y a même deux représentants des deux villages du livre existant alors : Hay-on-Wye en Angleterre et Redu en Belgique, et puis des éditeurs, des libraires. 2

Michel regrettera l'absence totale de gens du Conseil Municipal, mais les libraires s'installent et petit à petit Montolieu devient Village du Livre.

Et c'est dans ce village, un peu à l'écart, que John et Louise achètent une ancienne tannerie pour y créer … un centre international de fonderie.

Ni plus ni moins.

Je suis ravi, Montolieu est à une vingtaine de minutes de chez moi et mon dernier fils devient ami avec un des fils de Louise. Pourtant nous nous voyons peu, mais les occasions sont toujours intenses. Je me rappelle une série de coulages, je vois des pièces aussi différentes qu'une simple rose, une statue de François Mitterand, une maquette de squelette humain de dix mètres de haut...
J'essaye de prendre des cours de violon avec John. Il n'a jamais le temps. Je suis débutant, il a trop de choses à faire, il joue encore avec Pete. Pete me dit qu'il a de moins en moins de temps pour la musique, qu'il s'inquiète.

Et le temps passe encore... Je change encore de lieu, je vais vivre dans l'Hérault. Des années plus tard, nous sommes en 2005, je rencontre Françoise. Puis Bénédite se marie avec Christian et ils font une grande fête dans leur belle maison. Le lendemain, j'amène Françoise visiter le pays audois et nous passons à Montolieu.

Sur la place où je gare la voiture : John !
Il me dit qu'il arrête la fonderie, qu'il veut se consacrer à la musique. Il nous invite à venir voir sa dernière œuvre : un arbre. .

Nous descendons à son atelier, et là, devant la porte de cet énorme bâtiment trône un arbre, en tout cas une souche sur laquelle doivent être fixés des livres, puis des feuilles. Il reste encore à faire. C'est une commande pour Montolieu. Il n'a plus l'entrain d'avant.

Nous parlons du passé, de Bubuk qui l'a toujours soutenu, qui est toujours venu le voir. Mais Bubuk est mort, je crois me souvenir que c'est au moment où nous nous retrouvons que John m'apprend cela.

Et nous nous quittons pour la dernière fois.

L'année suivante, de passage chez un ami commun, j'apprend la mort de John, par hydrocution en nageant.

Un jour je regarde sur internet ce qu'est devenu cet arbre. Je trouve des titres de presse et des articles disant que l'arbre ne sera jamais planté. Il y a une discorde au village de Montolieu et ça n'est pas nouveau. Depuis la fameuse réunion qui fonda le concept, le village du livre a été porté par une association autour de Michel Braibant3. Puis le conseil municipal se rend compte de l'intérêt de la chose et crée une seconde association, concurrente...
Les articles que je lis en 2011 semblent encore imprégnés de cette discorde.

Et je reste un peu amer de constater qu' un symbole aussi fort restera dans un hangar à jamais...

Mais le temps, ce fameux temps qui passe même en notre absence, repasse encore une fois et la semaine dernière c'est à mon tour de passer du côté de Montolieu, jeudi matin. J'ai dormi au lac de Laprade espérant voir le lever de soleil et je n'ai vu que du brouillard et de la pluie alors je me laisse descendre cette montagne noire, de village en village pour me garer sur la placette entre le cinéma où avait eu lieu la fameuse réunion et la maison Courrière (Antoine Courrière fut longtemps président du Conseil Général et Maire de Cuxac, et sa femme maire de Montolieu).

Il est à peine sept heures et tout est fermé ou presque. Après un bref tour de village, je réalise que je me suis garé à quelques mètres de « l'Arbre ».

Je prends deux photos : une en mémoire de John, une en mémoire de Bubuk !


En rentrant chez moi ce matin, je cherche encore sur le net et je trouve, enfin, l'explication.
L'auteur de l'Arbre, mort également, avait deux fils, et c'est à eux qu'on doit cet accomplissement.

Ma prochaine mission : les rencontrer !

Depuis samedi 15 février 2014, L'Envol est désormais scellé au cœur de Montolieu, à son patrimoine historique. Cette œuvre monumentale de Yonel Lebovici pensée en hommage à Michel Braibant, fondateur du «village du livre » est une sculpture en bronze de 4, 5 mètres de hauteur, c’est un arbre dont le tronc se transforme en empilement de livres.


 Le livre le plus haut est ouvert, ses pages se détachent, puis s’envolent telles des oiseaux quittant leur nid.
On peut lire le texte «Oiseaux»4, de Saint-John Perse. La sculpture commencée en 1994, est restée inachevée au moment du décès de Yonel Lebovici.









L’Envol a été continué, en deux étapes : la première, pour le tronc et les livres, grâce à l’énergie du fondeur John Cockin, ainsi qu’aux étudiants de sculpture de l’Ecole Boulle et leur professeur Yorane Lebovici, fils de Yonel, qui ont aidé John dans des grandes étapes du projet. Ceci avec le soutien financier d'Yvon Poullain, ami et mécène de Y. Lebovici, d’une participation de la Mairie et de subventions récupérées par Louise Romain. C’est dans cette période d’essais et de doute qu’est arrivé le décès de John Cokin. Cette disparition stoppe à nouveau l'aventure.

Une deuxième étape a pu voir le jour grâce au travail et soutien constant de Marc Chambaud, de toute l'équipe municipale animée par son 1er adjoint Francis Diaz, d’une importante participation de Carcassonne Agglo et du soutien de l’association Montolieu Village du Livre & des Arts graphiques, qui a lancé une souscription montolivaine.

La famille Lebovici a été sollicitée en septembre 2013, pour terminer l'œuvre. Les deux fils Lebovici ont repris les études du projet et ont travaillé bénévolement durant plus de quatre mois sur la sculpture qu’ils sont fiers d’avoir abouti, en hommage à leur père, aux Montolivains et à tous ceux qui ont contribué à cette grande aventure.
 DSC_0651.JPG
La famille Lebovici et Cockin, leurs proches, les élus, enfants et villageois ; tous étaient réunis pour célébrer dans une très vive émotion l’œuvre de ce grand homme qu'était Yonel Lebovici.
Citons Micky Lebovici, épouse du très regretté Yonel Lebovici, prononçant très émue ces mots à destination de toute l'assistance et définissant ainsi l’œuvre de Yonel : "Aimer les mêmes lectures, n'est-ce pas tourner les pages ensemble ?"
Prenant racine avec maturité L’Envol  s’élève désormais en forme de souhaits pour l’avenir au cœur du village du livre, comme l’auraient souhaité, Yonel Lebovici et Michel Braibant, pour fédérer toutes les synergies montolivaines.
expo de l'envol.JPG 

   Une belle expo très remarquée de photos de la maquette de L'Envol du photographe Bertrand Taoussi au Foyer Jean Guéhenno a rencontré un franc succès et clôturait cette cérémonie inaugurale autour d'un apéritif chaleureux offert par la Mairie en finissant de graver dans les mémoires ces grands moments d'histoire intense qui font d'un village, sa grandeur.





Voilà. L'Envol est bel et bien accompli.
Merci Bubuk ! Merci Yonel ! Merci John ! Merci Michel !
Et bon voyage ….....!


1Après réflexion, j'ai fini par le faire. La durée a son importance, c'est une histoire sur presque trente années. Elle a habité là entre 1985 et 1987..
2 Je suis moi même présent et assez étonné, je dois avouer, de constater que Hay-on-Wye est le seul village anglais que je connaisse pour y avoir séjourné deux belles semaines dans ma jeunesse. Je discute à la pause avec l'anglais qui y vit et qui connait bien la famille chez qui j'étais.
Je parle ensuite avec un ami éditeur et nous interpellons le représentant du village belge qui passe devant nous. Au bout de deux minutes de discussion, ils se rendent compte qu'ils sont tous deux voisins, étant propriétaires en dordogne d'un terrain (l'éditeur) et d'un moulin( le belge) limitrophes dans le même village. Et moi je connais bien ce village pour y avoir vécu mon seul accident de la route, la veille de la naissance de ma fille Aurore !



3Lorsque je m'installe dans le secteur, Michel est mort depuis quelques temps, et c'est sa femme Jacqueline qui me raconte comment il a lutté deux années durant pour concilier les gens, mais sans succès. Elle dit même que le cancer qui l'a emporté était lié à sa déception.
4 Le contexte de « Oiseaux » est déjà une histoire de commande et de collaboration artistique http://www.sjperse.org/oiseaux.html

mercredi 21 mai 2014

Sarawak


La Mouisse, printemps 2010


J'étais assis à cette grande table et on m'avait placé en face d'un couple de Néo-Zélandais. J'avais été présenté comme le maçon et je venais effectivement refaire une bonne partie des toitures, mais on m'avait proposé de commencer par une petite réparation chez les voisins dont la toiture souffrait aussi de ce climat rude du Larzac.

Vers la fin de la matinée, Gisèle était venue me voir sur mon chantier pour me présenter Rod et Linda et ils m'avaient invité pour le repas. Ils s'étaient rencontrés en Chine, puis s'étaient revus au plusieurs fois ici et là, en Asie.
Depuis ils venaient chaque année à la Mouisse retrouver leurs amis et leurs souvenirs.
Je découvrais un monde de voyageurs. Des retraités, fans de découverte et d'expérience humaine. Gisèle avait ainsi voyagé avec Gérard depuis leur retraite durant plusieurs années et il y avait au fond de la grande pièce unique de leur maison une étagère remplie de cahiers qui contenaient leurs photos et journal de bord de chaque voyage, mais ça je le découvris par la suite.

Nous étions une bonne douzaine autour de cette table et Gérard avait placé tout son monde avec humour, se réservant le bout de table comme tout bon patriarche. Je regardais donc mes voisins et commençais à réviser mon anglais pour établir un minimum de liens avec ces gens souriants venus de si loin pour revoir leurs amis de voyage.
C'est alors que l'étincelle se fit : je dis à Rod que le seul homme que je connaissais en Nouvelle Zélande était le dernier Rajah du Sarawak.
Je les vis alors tous les deux abasourdis comme s'ils avaient rencontré un alien.
Pendant que Rod me faisait répéter, Linda fit taire tous les autres pour relayer à nos hôtes mon information.
Gérard se mit alors en devoir de me questionner et il fallait voir le cocasse de cette situation où deux personnes échangent à quatre mètres de distance et dix personnes silencieuses dont la plupart ne comprenait d'ailleurs rien.
Et moi le premier.
J'avais simplement cité un nom, celui d'un homme au destin étrange, qui avait été désigné pour succéder au dernier Rajah du Sarawak, mais qui fut ensuite évincé, le royaume ayant été vendu, oui, vendu à l'Angleterre.

Gérard, Gisèle, Rod et Linda s'étaient retrouvés plusieurs fois au Sarawak et avaient été fascinés par l'histoire des Rajahs Blancs, d'où leur stupeur quand, à leur table, le maçon évoque cette histoire.
Mais eux connaissaient les lieux, le pays, la jungle, les animaux, les gens, les musées, et c'est ici qu'ils sortirent pour moi les cahiers de voyage pour la première fois et je vis les photos et ils me lirent des extraits de leur journal, la visite du palais des rajahs à Kushing. Et une bonne partie du repas se passa à parler du Sarawak.

Et j'eu droit à la visite du « musée » de Gérard. Une antre remplie d'objets aussi divers que des figurines de dragons, des bouteilles de whisky de toutes origines, des boîtes quality street, des snoopy, des collections de voitures miniatures, de timbres, d'objet plus curieux les uns que les autres...
Il ne me restait plus qu'à raconter mon histoire, enfin, plutôt celle de la famille Brooke, et de ma rencontre avec elle.






Le Barry, printemps 2005


Je remonte le temps, c'est une des possibilités qu'offre assez couramment l'écriture, et j'y trouve un certain confort !

Me voici dans une chapelle d'un hameau de Monpeyroux, le Barry.
Je suis responsable d'une équipe et nous venons de commencer le chantier de rénovation dont l'objectif est de transformer l'actuelle semi-ruine en salle d'exposition et de spectacles.
Et les voisins ne manquent pas de venir nous faire une visite pour se faire expliquer les détails de l'opération. Voilà donc en un après midi, deux anglaises se présentent et me questionnent. La plus jeune, très élégante, parle un français impeccable, et retraduit à son amie mes propos. Au moment de nous quitter, je lui demande ce qu'elle fait. Du vin, et de la peinture, me dit-elle, et elle m'invite même à visiter son atelier en fin de journée.

Chose promise, chose due, je me retrouve quelques instants plus tard juste derrière la chapelle devant une jolie maison et ainsi commence la visite de l'atelier de Jo.
 une oeuvre de Jo
Elle peint tout ce qu'elle aime, et principalement les animaux. Magnifique coup de crayon. Elle m'explique comment elle dessine l'animal, sans le quitter des yeux, traçant avec un fusain presque sans quitter le papier qu'elle a disposé à l'horizontale devant elle.

J'aperçois alors un Orang-Outang.

Je lui dis : l'animal fétiche du Sarawak !

Oui, elle connaît, oui elle y est allée, et elle me cite le nom de la rivière au bord de laquelle elle l'a rencontré, cet Orang-outang. Et me revoilà à devoir expliquer comment, mais comment je connais ce pays ?
Mais je ne le connais pas, je dis seulement que je connais la fille du dernier Rajah, la fille d'Anthony Brooke, Célia.
Que nous nous sommes connus dans l'Aude, que j'ai même eu l'honneur de rencontrer son père et de parler longuement avec lui sur son engagement dans les mouvements pacifistes nés après la seconde guerre mondiale. Je ne pense pas lui avoir dit cette fois le pourquoi de cette rencontre.
Elle avait une chose étonnante à me dire.

Elle vivait dans le sud depuis longtemps et recevait de temps à autre une amie anglaise quilui avait souvent posé cette question : aurais-tu rencontré une de mes amies d'enfance qui vit aussi dans le sud, nous sommes devenues amies dans un pensionnat en Chine et nous avons perdu le contact, elle s'appelle Célia et c'est la fille du dernier Rajah du Sarawak...

Je lui donnais l'adresse de Célia et lui raconta ce que je savais.

Jo connaissait le Sarawak pour y être allée plusieurs fois. Un cousin à elle y vit, ancien pilote du Rajah de Brunei, il s'y est installé.





Bouriège, hiver 1983


C'est une fête dans le foyer du village. Je ne sais plus qui joue, peut-être le Saint-André-Blues-Band, en tout cas il y a du monde et une amie me présente à un couple, Célia et David. Quand elle les a aperçus elle m'a dit qu'elle allait me présenter à une princesse.

Effectivement Célia a bien une allure de princesse, et David une belle allure de prince. Ils sont beaux.
Nous parlons et, apprenant ma qualité de maçon, me proposent de passer chez eux un jour pour voir leur projet d'école.

Et je prends ainsi l'habitude de venir les voir à la Métairie Blanche, un lieu perdu dans les collines, sans électricité, où ils restaurent une maison et ont entrepris une construction d'où doit surgir une école... Je donne quelques cours de plâtre à des anglais dans une grande pièce où trônent des curieux tableaux de personnages royaux. Quand je demande ce qu'ils font là, on me répond simplement que c'est la famille de Célia !

Et les années passent, je change de région.

Un jour un ami vient me voir. Proche de David et de Célia dont il connait le père, Anthony. Anthony Brooke vit en Nouvelle Zélande et là-bas, il a créé « Many to Many », un genre de périodique dans lequel il rassemble toutes les informations qu'il reçoit sur le monde du changement.
Mon ami, qui reçoit « Many to Many », cherche quelqu'un pour l'aider à le publier en français .
Célia est partante pour nous aider et commence alors à me raconter sa vie, celle de son père, elle me confie des documents, articles de presse, livres.

Commence alors pour moi une période très féconde en découvertes. Je rentre en contact avec les gens qui écrivent dans Many to Many, j'échange des courriers avec l'université de la Paix au Costa-Rica, qui prépare une rencontre internationale pour rédiger une déclaration des Devoirs des Citoyens, pour faire suite aux droits de l'homme, je découvre le mouvement « Generals for Peace », qui rassemble des officiers supérieurs conscients des dangers liés au nucléaire, un mouvement qui, à mon sens, a largement collaboré à l'ouverture des pays de l'est, dont la chute du mur de Berlin fut le symbole. Generals for Peace rassemblait en effet à la fois des généraux des pays de l'Otan etdes généraux des pays de l'est.
Neve Shalom, une communauté Judéo Palestinienne, dont la principale activité est une école pour la résolution pacifique des conflits, ainsi que toute sorte de mouvements engagés dans la non-violence et la protection de l'environnement.
Tous ces mouvements connaissent Anthony Brooke pour l'avoir rencontré en tant que militant actif pour toutes ces causes

Et puis, bien sûr, je découvre l'histoire du Sarawak.
J'avais lu Kipling et sa nouvelle « l'homme qui voulut être roi », mais le nom de Sarawak ne m'avait rien évoqué.

Anthony Brooke est né en 1912. Neveu de Charles Vyner Brooke, Rajah du Sarawak, il est destiné à régner à la suite de son oncle qui n'a engendré que des filles, le titre de Rajah ne se transmettant qu'à des hommes.

Le 9 Avril 1939, il est désigné comme successeur et sacré « Rajah Muda ».
Il vit au palais de son oncle royal et se consacre aux choses de l'état, veillant au bon fonctionnement de l'administration et prenant très à cœur sa responsabilité de futur chef d'état.
Il rencontre un jour la future mère de Célia et ils décident de se marier.
Le mariage a lieu à Rangoon et, après une lune de miel à Sumatra, le couple s'envole pour Athènes où vit la mère d'Anthony.
Un télégramme lui apprend alors qu'il est destitué de son titre de Rajah Muda.
1941. Le monde est en guerre. Le Sarawak fête les cent ans de la dynastie Brooke. Du 20 au 28 Septembre la ville de Kuching est en fête, toutes les communautés du pays représentées par leurs chefs sont reçues au palais. « Témoignant sans équivoque le respect et l'affection que tous les sujets avaient pour le règne desBrooke »
Décembre 1941 : invasion Japonaise, le Rajah est en Australie, les autres membres de la famille sont absents du pays.
A la fin du conflit, le pays est cédé à la couronne britannique moyennant 2,750,000 livres sterling dont une partie est allouée au Rajah et aux siens.. Le 26 Juillet 1946, le Sarawak devient officiellement une colonie Anglaise.
Le règne des Rajahs Blancs prend fin.



Un siècle plus tôt






1824

James Brooke, jeune officier de l'armée des Indes (armée privée, de la compagnie des Indes) est laissé pour mort dans une bataille contre des Birmans.
Retrouvé sous son cheval par son colonel, il est ensuite rapatrié en Angleterre pour extraire une balle de sa colonne vertébrale. Sa convalescence est longue et difficile et, quand il décide de rejoindre son régiment, le premier bateau qu'il prend à Southampton fait naufrage près de l'île de Wight. Le voyage suivant l 'amène à bon port, mais trop tard : il a dépassé le délai de 5 ans qui lui était imparti et se retrouve au chômage.

De retour en Angleterre il se documente sur les régions du monde encore à découvrir.
Il a lu le livre de Georges Windsor Earl sur son voyage à Bornéo et les articles de Sir Raffles, ancien Gouverneur de Java, qui traitent de l'intérêt majeur que représente cette île. Il rencontre Earl, consulte l'Amirauté et le British Muséum, et même si les gens ne savent finalement pas grand chose, il se trouve chaque fois bien accueilli.

La mort de son père et l'héritage qui en découle sera l'élément moteur de ce qui suit.
Il achète un bateau de 142 tonneaux, recrute un équipage au complet, et effectue un voyage d'essai en Méditerrannée de septembre 1836 au mois de Juin 1937.
L'expérience étant concluante, il se sent prêt au grand voyage.

Il écrit un texte par lequel il demande des aides pour lancer une expédition . Il commence par décrire l'histoire de l'archipel Malais des derniers siècles, s'appuie sur reprenant idées de Raffles, critique la politique Hollandaise en Malaisie qu'il considère néfaste, voire désastreuse.
« A ce jour, nous avons la quasi certitude que la politique Hollandaise n'a engendré que la confusion et l'anarchie dans cet eden oriental, en n'y apportant que l'idée du profit ! »
Ajoutant que si les Hollandais ont pu s'implanter là-bas c'est uniquement lié au fait que l'angleterre n'a pas suivi les conseils de Raffles.
La suite du texte exprime très bien son état d'esprit et le réel engagement qui le motive et qui restera sa ligne directrice : Mettre en place un comptoir commercial ne doit pas se faire sans tenir impérativement compte de l'évolution et du développement des populations du lieu !
Il cite même « les droits inaliénables des Aborigènes »
On est loin de l'American dream...
C'est le point qui me plaît le plus dans son histoire.
Il projette un voyage qui l'amènerait à l'extrême nord-est de Bornéo, Malludu Bay, où l'East India Company s'était déjà implantée, bien placée par rapport à la Chine, Singapour et Port Essington en Australie, ces derniers étant Britanniques.
Il entrerait en relation avec le peuple Dyak, et en profiterait pour y étudier la flore, la faune et les ressources minérales de la région.

Puis il poursuivrait en accostant aux Célèbes, chez les Bugis, qui sont les grands marchands de l'archipel, étudierait la possibilité d'y établir un comptoir dans une contrée non contrôlée par les Hollandais, rejoindrait ensuite la Nouvelle-Guinée, les îles Aru et Port Essington.
Il insistait enfin sur le fait que son bateau, le Royalist, faisait partie du Royal Yacht Squadron et que ce titre lui amenait autant de considération qu'un bateau de la Royal Navy.

Un projet bien ambitieux quand on sait que Malludu Bay était le principal repaire des pirates Illanums, que l'isolement de Bornéo, le pays des réducteurs de têtes, était entièrement dû à la piraterie, et que, depuis Vasco de Gama, nombreuses furent les tentatives d'implantation et aussi nombreux les échecs...

Il déclencha malgré tout un réel intérêt, y compris en Hollande où il fut tout de suite considéré comme un homme dangereux.

Jeudi 26 Octobre 1838, le Royalist quitte Londres pour Singapour. Cinq mois de voyage avec deux semaines d'escale à Rio de Janeiro et autant au Cap. A Singapour James est reçu par le gouverneur qui est intéressé par son projet et le documente sur tout ce qu'il n'a pas pu savoir en Angleterre concernant Bornéo, ses coutumes, ses habitants Chinois et Malais...
Il reprend la mer le 27 Juillet avec un nouveau médecin de bord et un interprète Malais. Destination : la Sarawak River, 600 miles plus bas.

Le 12 Août, il jette l'ancre à l'ouest de l'embouchure de la Sarawak River et James envoie une chaloupe à la résidence du Rajah, 20 miles plus bas. Le Rajah envoie alors un émissaire porteur d'une invitation officielle.

Le 15 Août, les 21 canons du Royalist saluent le Rajah devant son palais de Kuching. James et son équipage sont reçus comme des sauveurs.
En fait tous sont victimes d'un quiproquo.
Kuching a demandé à l'Angleterre de l'aide pour lutter contre la piraterie et ouvrir le pays au commerce extérieur. Le bateau de James avec son pavillon britannique et son nom évocateur est pris pour une réponse effective d'aide et c'est ainsi que commence la relation entre James et le Rajah.

James s'implique alors dans l'histoire locale, résolvant un à un les problèmes du Rajah. Diplomate par nature, il réussit par le dialogue à dénouer des conflits . Petit à petit il devient la personne de la situation et se fait aimer à la fois du peuple et des dirigeants.

Kuching
En fait les choses arrivent sans prévenir. Il rentre à Singapour, se fait un peu tirer les oreilles par le gouverneur qui lui demande de ne pas mélanger les affaires commerciales avec la politique. Il décide de revoir Kuching pour saluer ses amis avant de reprendre son voyage vers Manille et la Chine, puis de rentrer en Angleterre.

Ceci est le tout début de l'Histoire. Je reprend un peu en arrière pour préciser les circonstances de ce qui vient de se passer jusque là, la suite n'en sera que plus lisible...

Retour sur l'état de Bornéo

A cette époque, la province de Sarawak constitue la majeure partie du territoire des sultans de Brunei qui l'avaient conquis deux siècles plus tôt à cause de ses mines d'or et d'antimoine. Le conquérant, le sultan Hasan, neuvième de la dynastie, régnait sur tout Bornéo dans le début du dix-septième siècle et son influence allait des Philippines jusqu'à Java. Mais aussitôt après sa mort, les autres sultans de l'île retrouvèrent leur totale indépendance. Muhudin, petit-fils d'Hasan, dû même céder la partie nord de Bornéo aux Sulu, en contrepartie de leur aise dans une guerre civile.
La décadence fut rapide au 18 ème siècle.
Du fait d'une coutume musulmane qui donnait comme successeur du trône non pas le fils aîné, mais l'ainé mâle de la famille régnante, il arrivait que soient mis à mort les frères du Sultan régnant ainsi que leurs fils, ce qui simplifiait passablement les choses...
Dans les territoires Malais il arrivait que le fils aîné du dernier souverain soit préparé à s'emparer du trône et éliminer ses rivaux, mais la plupart du temps les princes et leurs suites accédaient à leur fin par la négociation et un ou deux meurtres.

Le trône de Brunei avait souvent connu ce type d'expérience. En 1839, quand James Brooke débarque , le Sultan s'appelle Omar Ali Saifuddin, homme d'une cinquantaine d'années, considéré comme un peu simple. Quelques années plus tôt, bien ayant été désigné comme successeur de son père, c'est un de ses oncles qui prend le trône. Api, un homme cruel jusqu'à la folie, épargne son neveu sans doute à cause de son infirmité. La sœur de Api, mère d'Omar, organise alors une révolte dans le palais qui aboutit à la mise à mort de l'usurpateur.

Omar Ali monte ainsi sur le trône mais du fait de son état mental et d'une légère déformation de la main droite, il n'est jamais formellement investi et ne prend donc pas le titre de Ing di Pertuan (Seigneur Régnant) qui désignait le souverain de Brunei. Il n'a aucun contrôle sur ses proches, et ceux ci choisissent un autre de ses oncles, Hasim, comme Rajah Muda, ou héritier du trône et Régent. Peu après, comme une révolte éclate au Sarawak contre le gouverneur, le Pangiran Makota, en 1837 le Rajah Muda Hasim est envoyé pour rétablir l'ordre.

Une révolte n'était pas surprenante vu l'état de corruption du régime.

Quand les nobles n'étaient pas occupés à intriguer les uns contre les autres, ils se liguaient pour extorquer argent et denrées aux races indigènes plus faibles. Les Lands Dyaks en particulier. Les chefs locaux Malais étaient habilités à demander un impôt aux Dyaks, mais leur méthode de marché forcé, en usage dans tous les pays Malais, était intolérable. Tous les produits d'un village Dyak devaient être vendus au prix que décidait le dirigeant, et tous les Malais du district avaient le droit d'acheter le surplus au même prix. Et si les denrées manquaient, alors ils étaient forcés de vendre leurs enfants comme esclaves. Obligés aussi d'acheter ce que les dirigeants voulaient leur vendre à des prix excessifs...
Dans de telles conditions, la population Dyak était proche de la famine et déclinait quand ils n'allaient pas se réfugier dans les lointaines collines.
Leur nature douce en faisaient des victimes idéales.
D'autres tribus étaient traités différemment. On pouvait par exemple vendre des armes aux Sea Dyaks et les encourager à attaquer leurs voisins plus faibles, à condition qu'ils reversent la moitié de leur butin au gouvernement de Brunei. Le racket des plus forts contre les plus faibles était monnaie courante. Et la passion des Sea Dyaks et des tribus voisines pour collectionner les têtes était tout à fait propice à de tels encouragements. La méthode s'était d'ailleurs étendu bien au delà de leur territoire qui était au départ les rivières. Ils apprirent des Malais les avantages de la piraterie de pleine mer.

De cette situation, James Brooke n'en avait pas touché un mot.
Plus dangereux que les Malais : les Illanums, de l'archipel des Sulus, originaires des Philippines et qui opéraient sous le patronage du Sultan De Sulu. Trois ou quatre mois de mer ne les rebutaient pas, leur champ d'action comprenait toute la péninsule Malaise et Java, et leur repaire favori était justement Marudu Bay, où James avait choisi d'aller.



En fait, au moment de notre histoire, les pirates évitent plutôt les navires européens. L'année 1838 une flotte de bateaux Illanum a été anéantie par deux bateaux britanniques au moment où ils attaquaient une jonque chinoise. Ce qui n'empêche pas pour autant l'accroissement permanent du phénomène, vu les conditions de vie désastreuse, phénomène qui se retourne même parfois contre les Malais eux-mêmes.

C'est au beau milieu de ce chaos qu'éclate la rebellion au Sarawak. Venu de Brunei pour lui prêter main forte, un Pangiran nommé Usop lui promet l'aide du Sultan de Sambas, mais en réalité toute son équipe passe du côté Dayak et les aide à organiser la révolte. Hasim est dépassé car, le Sultan de Sambas est soutenu par les Hollandais. Il décide alors de se tourner vers l'Angleterre.
Et c'est ainsi qu'en 1838, lorqu'on lui annonce l'arrivée d'un navire Britannique à l'embouchure du fleuve, il n'a aucun doute : enfin une aide...

Et James lui amenait effectivement une lettre du gouverneur et de la chambre de commerce de Singapour, lettre de remerciement pour son attitude récente à l'égards d'équipages Anglais en détresse qu'il avait su accueillir dignement et fait ramener à Singapour à ses frais. Il y était même question d'établir à sa cour une délégation Britannique.

D'un côté, Singapour surestimait le réel pouvoir d'Hasim et son autorité, et de l'autre Hasim se croyait enfin assisté.

Curieuse situation qui m'amène à cet arrêt sur image, car c'est là que tout se joue : Hasim voit en James Brooke un officier de sa majesté chargé de lui prêter main forte. James étant simplement porteur d'une missive, certes positive, mais sans plus. Lui, de son côté se sent comblé, il va pouvoir poser des jalons et démarrer quelque chose, enfin la chance lui sourit !

Et c'est sous ces auspices trompeuses qu'il débarque à Kuching le 15 août. Arrivé en début du mois au cap ouest de l'embouchure du Sarawak, il a fait parvenir un messager à Hasim, lequel lui fait savoir qu'il l'attend...

Kuching

Kuching est une ville de 800 habitants, toute neuve. Makota l'a fait construire après la mise à sac par les Dyaks de Katubong. A part quelques commerçant Chinois, la population est constituée de Malais. Les nobles Malais habitent plutôt Lida Tanah plus haut sur la rivière. Une grande partie de la ville est faite des palais du Rajah, de Makota et de leur suite de nobles. Les maisons sont construite à la façon malaise, avec des pieux plantés dans la boue.
Le hall d'audience où James est reçu le matin de son arrivée est une grande remise somptueusement décorée de tentures. C'est une audience officielle avec cérémonial et remise de cadeaux au Rajah. Dans la soirée James parle avec le Rajah qui cherche à savoir qui est le plus fort des Anglais ou des Hollandais ? James penche pour les Anglais, et la discussion en reste là.
Le lendemain, il leur fait visiter le Royalist.
Dans la soirée Makota lui annonce que les Hollandais ont des vues sur Brunei et le Sarawak. Il lui demande si l'Angleterre serait prête à intervenir en cas de besoin. James lui répond que les Hollandais n'occupent jamais un pays sans y avoir établi un comptoir avant. La meilleure des choses est de ne pas accueillir de marchands Hollandais. Makota parle alors des excellents marchands Anglais.
Avec Hasim et Makota, James se sent bien. Ils lui assurent que la révolte n'est pas très sérieuse. Il leur demande alors la permission de visiter le pays. Makota lui ayant fait rencontrer un chef Dyak, il veut voir de ses yeux un village Dyak. On lui donne la permission, pourvu qu'il reste dans les endroits calmes.
Cette première expédition fluviale ne le renseigne pas vraiment sur la situation. Les Pangirans qu'on lui a donné comme guides le dissuadent de pénétrer en territoire Dyak. Ils reviennent à Kuching au bout de quatre jours de navigation dans un magnifique paysage, certes, mais très peu peuplé.
Une seconde tentative l'amène quelques jours plus tard au village du chef que Makota lui avait fait rencontrer. Enfin il découvre l'hospitalité Dayak, il est reçu à Situngong dans une longhouse d'environ 200 mètres de long, où vivent à peu près 400 personnes, les Sibuyoh.

Il ressort content de la visite, mis à part une trentaines de têtes qui décorent les chevrons. On lui explique que ce sont des têtes d'ennemis. Il ne sait pas encore qu'un jeune Dyak doit amener une tête à sa belle famille pour pouvoir se marier...
Il visite ensuite un village Chinois construit quelques mois plus tôt, très impressionné par leur mode d'organisation.

De retour à Kuching il retrouve Hasim et prend le temps de parler avec lui. Il prévoit de rentrer à Singapour à la fin-septembre mais décide de faire un détour chez un chef pirate, accompagné de deux Pangirans. Il y est reçu amicalement par le chef qui lui explique candidement son métier dont maintes têtes font preuve tout autour d'eux, décorant la longhouse.
Les Pangirans le raccompagnent à son bateau et lui adjoignent une petite escorte pour sortir de la baie, et c'est l'escorte qui se fait attaquer par des pirates Saribas dans la soirée du 28. Les canons du Royalist font fuir les attaquants, mais il est plus prudent de redescendre à Kuching pour aviser et soigner les quelques blessés.
Il leur est offert un somptueux banquet et le lendemain tout l'équipage a droit aux adieux des hôtes Malais en compagnie d'un Orang-Outang.

A Singapour, James est bien reçu par les marchands, mais quand il raconte son parcours au Gouverneur, Mr Bonham est moins enthousiaste. Discuter pour entamer des relations commerciales est une chose, la politique en est une autre. James s'était montré imprudent : si ses propos parvenaient aux oreilles des Hollandais, qu'est-ce qui allait se passer ? James comprend alors que son initiative n'est pas appréciée en milieu 'officiel' mais reste convaincu de ses opinions et de ses intentions.

Préférant attendre la fin du conflit pour retourner au Sarawak, il décide d'en profiter pour réaliser la seconde partie de son projet autour des Célèbes. Du 20 Novembre 1839 au 29 Mai 1840, le Royalist l'amène à la rencontre de peuples amicaux ainsi que leurs dirigeants. De retour à Singapour il envisage une visite d'adieu au Sarawak avant de retourner en Angleterre en passant par Manille et la Chine.

29 Août 1840. Kuching. Découragé et fatigué.

Hasim et les Malais lui réservent un accueil agréable, mais la rébellion n'a pas cessé. Au contraire les forces des Dayaks rebelles sont à 30 miles de la ville. Pas question de voyager dans l'arrière pays, et rien à faire à Kuching. Pourtant à chaque fois qu'il parle de son départ, le Rajah l'implore de rester, ajoutant qu'il ne peut compter sur personne d'autre. Il propose à James de lui montrer son armée, aux ordres de Makota, à LidaTanah, en amont de la rivière. Sa présence encouragerait les troupes en même temps qu'elle impressionnerait les rebelles. James accepte et les voilà ramant vers le front dans un bateau chargé de vivres. Il trouve là une armée assez extraordinaire, principalement constituée de Malais et quelques Dayaks, plus enclins à se quereller entre eux qu'à attaquer l'ennemi, ainsi qu'une petite troupe de Chinois bien mieux disciplinée. Les deux camps postés derrières des palissades à portée de voix les uns des autres et s'injuriant mutuellement. Makota et ses commandants dévorant les provisions de James sans s'occuper de son avis.

Rentré à Kuching, il apprend la mort d'un des membres de son équipage et trouve un autre en train de mourir.
De nouveau il veut partir, de nouveau Hasim le convainc de rester en ajoutant que des Dyaks, affaiblis par la faim, sont prêts à se rendre. James accepte de retourner au front après avoir embarqué quelques canons du Royalist. Les rebelles sont effrayés, mais Makota et son conseil de guerre ne veut rien tenter, ni attaque, ni négociation avec James.
Nouveau retour à Kuching, James ne se fait plus d'illusions et le 4 Novembre il annonce fermement son départ. C'est alors qu'Hasim lui propose, au cas où il reste, de lui laisser le pays de Siniawan et de Sarawak, son gouvernement et son commerce, et il lui suggère même qu'il peut devenir Rajah. James est tenté.
Il est trop prudent pour accepter mais il ne décline pas l'offre et accepte de rester.
A son retour il trouve l'armée en meilleur état. Il y a là Bedruddin, un frère de Hasim, un prince nettement plus réactif que ses congénères. James trouve enfin un allié pour agir, jusqu'au moment où Bedruddin est rappelé par Hasim.

Retournement

James trouve alors le moment propice pour agir avec son équipage et l'aide de Si Tundo, un Malais. Ils prennent un groupe d'insurgés à revers, lesquels acceptent de parlementer avec James. Le chef des rebelles, un dénommé Matusain, s'avance alors sans armes et lui demande de leur garantir la vie sauve s'ils se rendent. James ne peut rien promettre, seulement leur apporter son soutien, la décision appartenant au Rajah.
La négociation avec Hasim et Makota est difficile, mais James l'emporte en remettant en cause sa présence. Les rebelles voient leurs biens confisqués, les femmes et les enfants sont amenés à Kuching, mais personne n'est tué.

Arrive ensuite la question de l'offre de Hasim. Son titre de régent ne lui permet pas de décider de l'avenir du pays. C'est du ressort du Sultan, et Hasim a des doutes, il craint que son absence de Brunei lui ait fait perdre son influence, laquelle diminuerait d'autant si le bruit se répand qu'il veut donner la province à un Anglais. Il ne lui semble pas possible de quitter le Sarawak dans un tel état chaotique, Makota inévitablement provoquerait une nouvelle rébellion... La seule chose qui lui semble envisageable est de demander au Sultan un permis pour que James s'établisse au Sarawak. Quand James proteste, Hasim lui dit que c'est juste une première étape pour que le Sultan se fasse à l'idée d'un Anglais sur son territoire.
James n'avait plus confiance en lui, encore moins en Makota qui venait de faire mettre à sac un ex village rebelle et partait maintenant pour Brunei. Hasim ne se voyant pas laisser le Sarawak aux mains de James, se retrouve coincé.

James prend alors la décision d'aller à Singapour et exige qu'à son retour on lui ait construit une maison, mis de côté une certaine quantité d'antimoine et qu'un document pour régulariser sa position soit prêt pour le faire signer au Sultan. Il reviendra avec un cargo de marchandises pour le transport de l'antimoine, espérant mettre en route un commerce régulier.
Il s'est enfin fait à l'idée de s'établir au Sarawak en tant que dirigeant.

Peu avant le départ arrivent à Kuching des nouvelles au sujet des pirates de la côte. Un Pangiran envoyé pour enquêter revient avec une demande d'un chef pirate qui demande l'autorisation de rencontrer le Rajah Muda. Il était soupçonné d'avoir l'intention de capturer le Royalist. James, curieux de le voir, insiste pour que Hasim le reçoive. Bientôt arrive une flotte de 18 splendides vaisseaux Illanum. James est invité à visiter l'un d'eux et à discuter avec les chefs qui lui parlent franchement du plaisir du métier, qui n'a plus rien à voir avec ce qui se pratiquait du temps de leurs ancêtres. Ils naviguaient depuis trois ans et la plupart des bateaux avaient été pris aux Bugis.
Tant que la piraterie à Bornéo en est à ce stade, réalise James, les Européens peuvent toujours essayer de protéger leurs bateaux et leurs ports...

De Février à Avril 1841 il est à Singapour, en quête d'un bateau. Il ne trouve rien sauf un schooner, le Swift, pas vraiment idéal comme cargo, et cher, mais n'ayant pas le choix, il l'achète et le remplit de tout ce qu'il peut trouver. Mr Bonham lui fait bonne impression malgré son annonce d'entrée en politique. Pareil chez les Hollandais. En 1842, M. Bloem, Assistant-Résident aux Sambas, avait écrit à James en lui enjoignant de ne pas se mêler de la politique de Bornéo. Des rumeurs étaient parvenues à la Hague. Mais , après enquête, un diplomate Hollandais à Londres avait conclu que Mr Brooke semblait travailler pour la Société Royale Géographique.

A son retour à Kuching, James ne trouve ni maison, pour lui, ni antimoine et rien de plus n'a avancé en ce qui concerne son titre. Makota est rentré de Brunei plus puissant que jamais. Il découvre également que les Sea Dyaks, en connivence avec Makota et sans doute aussi Hasim, préparent une expédition contre les Land Dyaks et les Chinois. Par ailleurs il apprend que Si Tundo, le Malais avec lequel il a attaqué les rebelles, a été mis à mort par ordre de Hasim.

Sa colère pousse Hasim à agir. Une maison est construite en un temps record, de l'antimoine est collectée et l'expédition contre les Dyaks et les Chinois est abandonnée. Ces événements perturbent Hasim au point qu'il se réfugie chez lui en se disant malade. Mais il a encore besoin de l'aide de James ; et James besoin de lui pour devenir gouverneur et il voit qu'il lui faut encore patienter.
Il se sent de plus en plus estimé. Les Dyaks et les Chinois le considèrent comme leur sauveur. Il est de plus en plus impressionné par les Chinois. Il pense que ce serait d'excellents alliés. Il profite de cette période pour se documenter sur les tribus et sur les coutumes locales.

En Juillet, on apprend qu'un navire Anglais, le Sultana, a fait noufrage au large de Brunei et que l'équipage est prisonnier du Sultan. Hasim promet de s'en occuper mais n'entreprend rien. James, après un entretien tendu avec lui, décide d'envoyer le Swift chrgé d'antimoine à Singapour et le Royalist à Brunei pour enquêter sur l'équipage capturé. Il veut rester seul dans sa maison.
Le 2 Août, James tient dans ses mains une lettre de Mr Gill, Capitaine du Sultana, expliquant que lui et deux hommes de son équipage ont été relachés pour aller à Singapour mais que leur bateau a été démâté, qu'ils n'osent pas réparer à cause des pirates, et que le reste de l'équipage ainsi que quelques femmes sont encore prisonniers à Brunei dans des conditions désastreuses.
Et puis les deux bateaux reviennent. Le Royalist a été très mal accueilli à Brunei, avec interdiction de voir les prisonniers, mais le Swift a obtenu des autorités de Singapour l'envoi du Diana, un East Indiaman, à Brunei. Cette démonstration de force déclenche immédiatement la libération des gens du Sultana.

L'incident rehausse considérablement le prestige de James. L'arrivée du Diana en armes juste après l'accueil discourtois du Royalist ayant été interprété par les autorités de Brunei comme un soutien de l'Angleterre à James Brooke. De la même façon, quand ils entendent le témoignage des marins du Sultana, les gens de Singapour sont impressionnés par son influence à Bornéo. James, de son côté, est tout a fait conscient du côté illusoire de la situation.

L'attitude haineuse de Makota devient plus en plus flagrante . James s'aperçoit que les Malais n'osent pas venir chez lui par peur des agents de Makota. L'un d'eux a même tenté d'empoisonner son interprète Malais en versant de l'arsenic dans son riz. Il décide de prendre les choses en main.
Il fait amener les canons du Royalist, les pointe sur le palais, et, à la tête d'un petit détachement, demande une audience immédiate à Hasim.
Il lui rapporte les dernières intrigues de Makota envers lui et envers Hasim, ajoute que ce sont les exactions de Makota qui ont déclenché la récente révolte et termine en affirmant qu'il est lui même en excellent termes avec les Dyaks et les chefs Malais locaux, et que ces derniers le soutiendraient dans un combat contre Makota.
Hasim est à la fois effrayé et soulagé. Il ne peut pas imaginer de permettre une nouvelle rébellion avec James Brooke comme chef, et en plus il ne croit plus en Makota. Il se met alors à rédiger un document statuant publiquement et sincèrement qu'agissant en pleine conscience il donnait à James le gouvernement du Sarawak et ses dépendances, en contrepartie d'un paiement annuel au Sultan de Brunei et de la promesse de respecter les lois et la religion du pays.

Le document, dûment signé est envoyé à qui de droit et, le 24 Novembre 1841, James Brooke est officiellement proclamé Rajah et Gouverneur du Sarawak.

Le règne a commencé, mais la position du nouveau Rajah est incertaine. Makota est défait et ses prochesl'abandonnent publiquement, mais il a encore de l'influence. Son titre de gouverneur n'a pas été abrogé par le Sultan. Hasim reste encore à Kuching comme représentant du Sultan dont James reste tributaire... Et le Sultan n'a encore pas décidé du transfert d'autorité. Et si James peut se prétendre Rajah dans ses déclarations au peuple du Sarawak, il ne le fait pas lorsqu'il communique avec le monde extérieur.

En Angleterre, aucun mot sur le fait qu'un citoyen Britannique est devenu le souverain d'un territoire étranger. Les Hollandais sont plus au courant. Un rapport du Député Gouverneur Général des Indes arrive à La Hague à la fin 1841 faisant état qu'un Anglais qui s'était établi au Sarawak fait maintenant partie du gouvernement, que le Sultan de Sambas, vassal des Hollandais, craint que l'ouverture du Sarawak ne nuise à son commerce. Mr Bloem, l'Assistant Résident qui avait encouragé la rébellion, se voit muté pour cet excès de zèle. Pour conclure, le rapport précise que si les autorités Hollandaises n'aiment pas que des citoyens interfèrent dans les affaires indigènes, quelque chose doit être fait pour enrayer 'l'entreprenant aventurier' que représente la personne de James Brooke.
Mais rien n'est entrepris. La Hollande n'est pas en mesure de mettre en œuvre une expédition d'envergure sur Bornéo, qui par ailleurs pourrait occasionner des frictions avec le gouvernement Britannique.

James Brooke a donc le champ libre pour entamer son règne, aucune complication ne pouvant émaner de la Hague ni de Londres.





..... Un break dans cette histoire... 
Ce que je viens d'écrire est directement traduit du livre en Anglais de Steven Runciman "The White Rajah's"(on le trouve sur le net en PDF). Long et difficile pour moi, une traduction, mais nécessaire.
Mon but est de mettre cette histoire à jour, tellement elle me semble décalée par rapport au reste du monde. Et puis l'exemplaire qui me sert fait aussi partie de l'histoire puisqu'il m'a été prêté par Célia, l'arrière petite nièce de James. Et je ne pourrais même pas le lui rendre ! J'ai appris son décès en cherchant de ses nouvelles sur le net. Elle est morte en 2011.
J'ai trouvé aussi sur le net un recueil de lettres de James Brooke des années 1850. J'y viendrai par la suite. 
Si dans un premier temps notre 'aventurier' a le champ libre, cela ne dure pas. Les grandes puissances vont bientôt se réveiller...Cette période lui donne malgré tout le loisir de mettre en place un système pérenne, qui respecte les humains.
Et qui durera un siècle. 
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dimanche 31 juillet 2011

Masanobu Fukuoka


Aujourd'hui, tout avance très vite. Le soleil était splendide et la journée pleine d'enseignements. Je ne voulais pas la terminer sans en laisser une trace sur ce blog.

Il faut faire un peu de place à la mémoire de ce japonais tenace, Masanobu Fukuoka. Chercheur en agronomie, il a abandonné sa carrière scientifique pour se consacrer à l'expérience directe sur l'île de Shikoku, Japon.
Toute sa vie il a mis aupoint une technique qu'il a baptisé  « agriculture naturelle » Il ne laboure pas, ne met pas d'engrais, ni de compost et ne traite pas. Mais alors comment fait-il ?

Il sème une céréale de printemps alors que la céréale d'hiver est mûre, encore sur pied. La récolte se fait à la main et le piétinement permet de faire taller les jeunes pousses, puis il redonne la paille de la récolte à la parcelle, et ainsi de suite... La céréale d'hiver est semée alors que l'autre est encore sur pied, etc.. Le tout agrémenté de passages de volailles qui mangent des insectes tout en amenant leur contribution naturelle au sol.

Résultat : la fertilité du sol augmente régulièrement les années passant alors que bien des spécialistes auraient prédit l'inverse.

Fukuoka se méfie des spécialistes qui sont tellement pointus dans leur domaine qu'ils ne voient pas l'ensemble des choses. Et la nature ne fonctionne pas lorsque les spécialistes s'en mêlent. C'est la vision holistique qui amène la juste vision et le juste équilibre. Il faut lire « La révolution d'un seul brin de paille » pour se rendre compte de cette vérité.

Notre société est truffée de spécialistes dans tous les domaines. On prétend savoir tout gérer et pourtant tout va mal.  Exemple  concret : ces jours ci, pour des clients désireux d'installer des toilettes sèches, je me documente sur le sujet. Le bilan est catastrophique. Nos systèmes à chasse d'eau emportent irréversiblement tout ce que nous a confié la nature terrestre dans le fond des mers... Et les terres arables s'appauvrissent d'année en année, qu'elles soient en bio ou pas. Le gros boulot de la bio c'est bien de conserver la nature humique du sol. Claude Bourguignon en est un excellent témoin. Le film de Coline Serrault nous le montre en vedette de la pédologie, la fameuse science qu'on n'enseigne plus dans aucune école d'agriculture. La seule qui parle du sol nourricier. Les lobbies chimiques ont fait leur travail de Huns : là où ils passent, l'herbe ne repousse plus !

J'engage toutes les personnes hésitantes à aller regarder de quoi il s'agit. Car le même phénomène se passe dans nos pensées. Notre conscience ne peut s'enrichir qu'avec un minimum de bien traitance de nous mêmes. Laisser germer l'intuition demande une persévérance et une clarté intérieure bien éloignée des idées toutes faites. Et chercher en permanence le lien fort, la résonance intérieure, le sentiment de plénitude qui ne trompe pas. Même quand rien ne va, surtout quand tout va mal, et encore plus quand tout paraît s'arranger.

Laisser battre son coeur dans la joie du présent.

Merci Masanobu pour cette fabuleuse leçon, merci aux proches qui m'aident avec leur franche amitié.

samedi 30 juillet 2011

Et le soleil dans tout çà...


Samedi 30 juillet 2011, Soubès


Je n'avais quasiment pas écrit depuis « le haut et le bas ». C'était une étape importante qui m'avait permis de poser des bases de réflexion. Pourtant l'envie d'écrire ne m'avait pas quitté et je me suis souvent surpris à penser à le faire, mais sans plus. Et puis tout récemment j'ai voulu ce blog pour poser la suite.

Voici bientôt trois ans, j'ai lu un article sur le sungazing (en français : le « regardage du soleil »). C'était le récit d'une expérience dans un numéro de biocontact consacré à la lumière.

Pour résumer, le sungazing est une vieille technique ayurvédique redécouverte par un indien qui a pu en constater les effets sur lui-même avant de la faire connaître comme moyen de développement personnel.

21 Septembre 2008 : je regarde le soleil se lever pendant 10 secondes. C'est frustrant.
Chaque jour, j'augmente le temps de 10 secondes.
Les jours passent et rétrécissent, je dois changer de lieu d'observation car l'horizon autour de chez moi est rempli d'obstacles et l'observation ne peut se faire que pendant la première heure, c'est à dire avant l'arrivée des rayons ultra-violets.
L'hiver arrive et le temps augmentant, je dois me couvrir. Je laisse de côté le conseil de rester pieds nus, ne vivant pas sous les tropiques. Par contre j'amène toujours une bouteille d'eau en verre que j'ai pris soin de remplir d'eau de source et de laisser au soleil plusieurs heures avant de la boire. L'oeil est un muscle qui a besoin de s'hydrater lorsqu'on le sollicite. Et le soleil en direct sollicite...

Plus le temps avance, et plus il me faut du temps après chaque scéance pour retrouver la neutralité rétinienne. Le phosphène dû au soleil est très puissant et laisse de magnifiques couleurs qu'il faut apprendre à « digérer ». D'ou cette précaution de progresser prudemment de 10 secondes en 10 secondes. Je constaterai plus tard que ce temps de nettoyage rétinien diminue, en fait lorsque j'ai dépassé une vingtaine de minutes. Il est à l'heure où j'écris de quelques secondes.

Avec le printemps, je sors mon violon. Un excellent moment, seul avec la nature, les yeux dans les yeux avec l'astre responsable de mon existence. Il me faudra un an et demi pour atteindre les 44 minutes, temps maximum conseillé avec lequel la glande pinéale est rechargée.

Lorsque j'en étais à une dizaine de minutes, un ami médecin reconverti dans le vin pensait que j'allais perdre la vue. Il m'a fait rire. Jamais je n'aurais imaginé que l'oeil humain pouvait rester dix minutes à fixer le soleil, pourtant c'était bien là ma réalité quotidienne, mais lui avec sa médecine, il avait la certitude que c'était impossible. Le matin de juin 2010 où je réalise 44 minutes , je lui fais un message en lui commandant pour le soir même une caisse de son vin !

Toutes ces heures passées à engranger la lumière , à méditer, à jouer m'ont insensiblement changé. Par exemple, je ne crains plus la lumière des phares quand je roule la nuit. Mais le principal effet concerne mon temps de sommeil : je dors nettement moins( 7 à 8 heures autrefois, maintenant 4 à 6 heures me reposent amplement) et ceci est lié à l'évolution de ma glande pinéale.

Je parlais un soir avec un ami de sungazing et il me demande si j'ai consulté un ophtalmo par acquis de conscience, je lui dis que non, mais pourquoi pas. Le même soir je me retrouve assis à table avec comme voisin un anglais ophtalmologue. Je lui explique le sungazing. Il me croit, mais il n'en revient pas. A ce jour, je n'ai toujours pas consulté d'ophtalmo.

Par contre, je lis tout ce que je trouve sur la glande pinéale.


mercredi 27 juillet 2011

Du haut et du bas








L'habitude, bien sûr, c'est de considérer le haut côté tête, et le bas côté pieds.

Dans la position debout ordinaire, celle que tout un chacun utilise couramment pour se lever, se déplacer. Normal quoi.

Et puis le ciel c'est le haut, et la terre, c'est le bas. Rien de nouveau sous le soleil. Pas compliqué du tout. Pas compliqué, mais alors pas du tout.

Bon. Quand même, sur la mer, on voit que le ciel, tout en haut, il descend jusqu'en bas. En bas, c'est la mer, mais c'est toujours la terre.

Allez, on fait un dessin de tout ce petit monde. Voilà. Une carte du monde. Mais le monde c'est une sphère. La question est de savoir quel est le haut d'une sphère. Une sphère ça n'a pas de haut et de bas. Pourtant on a bien vu que le bas, c'est la surface du sol, et le haut c'est le ciel.

Donc il doit y avoir un sens.

L'ennui c'est qu'un dessin c'est en deux dimensions, alors qu'on veut exprimer quelque chose qui en a trois...

Imaginons qu'on dessine notre sphère en trois dimensions : une belle mappemonde. Et on lui crée même son axe de rotation, et on la fait tourner.

Pourtant il reste une question en l'air : c'est quoi cette habitude de mettre le nord en haut et le sud en bas ? Pourquoi pas l'inverse, et pourquoi doit-on choisir soit l'un soit l'autre ?

La sphère, on l'a bien vu, n'a ni haut ni bas. Si ce n'est que tout ce qui s'éloigne de son centre peut être assimilé à la direction du haut, et tout ce quoi s'en rapproche, à la direction du bas.

C'est donc notre façon de représenter qui cloche.
Bon, ok, mais où est-ce que ça cloche ?

Si ça cloche, c'est une question de centre de repère. La sphère a cette particularité de contenir un centre vers lequel tout converge. Attention ! Tout y aboutit, y compris nous, y compris moi et mes pensées de vouloir dessiner un plan, de me figurer la sphère hors de son contexte qui est elle-même.

Une sphère n'est pas un objet quelconque, comme on peut s'imaginer en mathématique soit un objet quelconque de centre C... Pas du tout ! Cet objet fait déjà partie de la sphère originelle et par ce fait, il est déjà orienté en haut et bas puisqu'il prend naissance quelque part à la surface de la planète.

Je suis donc conduit à me repenser en tant qu'être pensant qui prétendait détenir la référence absolue en lui. Je suis dépendant d'un haut et d'un bas, et les deux me maintiennent dans une étroite dépendance qui m'empêche l'accès à la représentation juste du monde qui m'entoure. C'est vrai : si je dessine la terre, je l'oriente soit en haut soit en bas, mais je la dépossède de son état de sphère qui est multidirectionnel.

Pourtant, la nature m'a doté de deux sphères pour voir. Il doit exister la possibilité d'ajuster mes yeux avec le reste du monde pour obtenir une image juste de la réalité...

A y regarder de plus près, c'est vrai. Mes yeux sont sphériques et ramènent à mon cerveau une image que je crois plane. Mais la perspective est bien là. Tout ce qui est loin est petit, voire minuscule, et tout ce qui est près est grand voire énorme. J'ai ainsi ma propre vision sphérique. Limitée à ma personne. Ma personne avec son haut et son bas. Voilà ce qui clochait, tout à l'heure. Mes yeux rassemblent au centre de moi-même ce qui est autour de moi. Et chaque système sphérique agit de même. Avec la petite différence entre la planète et moi : elle se suffit à elle même alors que moi, j'ai besoin de la verticalité pour exister. Du coup j'affecte à tout ce que j'observe une verticalité.

La mienne, avec son haut et son bas, tragiquement seule, alors que la sphère planétaire possède autant de verticales que de grains de sables dans la mer.

Je sais, il y a l'axe des pôles. Rassurant dans un sens mais n'allons pas nous y tromper : rien à voir avec ma verticalité. La preuve : le nord, c'est le haut ou le bas ?

Tout cela pour en venir au fait que la conscience d'exister ne coïncide pas exactement ni obligatoirement avec la réalité 'sphérique' de notre réalité globale. Il y a comme un décalage, un parallaxe insidieux qui, s'il n'est pas pris en considération, fausse de façon remarquable les raisonnements humains.

La géométrie Euclidienne a sa lourde part de responsabilités dans cette affaire. Et les partisans de l'hypothèse antique de la terre plate...

L'éducation qui propage encore de nos jours ces tentatives sommaires d'explication du réel le fait-elle en conscience ? Qui parle de conscience verticale ou de conscience sphérique ?

Est-ce si difficile à comprendre ? Une simple fleur réagit à la conscience sphérique de l'univers. Chaque organisme vivant également.